Alors qu’il prêchait,...

Publié le par Sandrine

Alors qu’il prêchait, bien que son attention soit fixée sur les visages qui l’observaient, Jésus fut brusquement interrogé par un groupe de sadducéens dont il avait senti la présence bien avant qu’ils ne s’approchent.
Il hocha imperceptiblement la tête en portant le regard vers son éternel protecteur, Pierre, dont les mâchoires serrées dénonçaient la tension. Ces hommes avaient une parfaite connaissance des textes et une longue pratique de l’interprétation et cela représentait un danger dont il ne savait prémunir Jésus. Aussitôt, il sembla que son agressivité se mua en simple vigilance. L4homme qui prit la parole au nom du groupe était si maigre qu’il semblait ratatiné et pourtant, une force implacable émanait de lui. Ses yeux noirs le fouillèrent jusqu’au tréfonds de l’âme. Il se raidit et s’efforça à un sourire qui ne trompa pas une seconde son adversaire qui le salua d’une légère inclinaison de la tête.
«- Maître, Moïse a dit: si quelque un meurt sans avoir d’enfants, son frère épousera sa femme, sa belle sœur, et suscitera une postérité à son frère. Or, il y avait chez nous sept frères. Le premier se maria, puis mourut sans postérité, laissant sa femme à son frère. Pareillement le deuxième, puis le troisième, jusqu’au septième. Finalement, après eux tous, la femme mourut. A la résurrection, duquel des sept sera-t-elle la femme? Car tous l’auront eue. Jésus leur sourit malicieusement, connaissant leur position quant à la résurrection. Sous ses premiers mots, une ironie amusée perça et le sadducéen eut un léger mouvement d’agacement.
- Vous êtes dans l’erreur, en ne connaissant ni les écritures, ni la puissance de Dieu. A la résurrection, en effet, on ne prend ni femme, ni mari, mais on est comme des anges dans le ciel. Quant à ce qui est de la résurrection des morts, n’avez-vous pas lu l’oracle dans lequel Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac et le Dieu de Jacob? Ce n’est pas de morts mais de vivants qu’il est le Dieu!
- Ainsi donc, tu n’es pas celui que tu prétends et tes paroles sur la répudiation n’ont donc aucun sens quand tu dis que ce qui est lié sur terre l’est également dans le ciel. En outre, tu fais toi-même erreur quant à la nature des anges et je crains que tu n’aies toi-même une médiocre connaissance des écritures. N’as-tu pas lu en effet: « Lorsque les hommes commencèrent d’être nombreux sur la face de la terre et que des filles leur furent nées, les fils de Dieu trouvèrent que les filles des hommes leur convenaient et prirent pour femmes toutes celles qui leur plut.» Il apparaît donc que les anges
auxquels tu te réfères sont des êtres sexués et que le mariage est de rigueur pour eux comme pour nous. Jésus resta un instant silencieux. Son visage soudain sévère refusa d’afficher le sourire indifférent avec lequel il accueillait ordinairement ce genre de provocation. Le sadducéen savait que son argument avait ébranlé son interlocuteur et il crut un instant que Jésus allait abandonner la partie mais il lut brutalement sur son visage son intention de poursuivre cette joute oratoire, bien décidé à ne rien lui céder.
- Ce n’est pas des anges dont tu me parles, mais de démons.
- Je te parle d’anatomie. Bons ou mauvais, les anges sont tous faits de la même manière, seuls leurs cœurs sont différents.
- Je te trouve fort bien renseigné sur un sujet auquel tu refuses de croire. Tu n’es pas cohérent. Tu ne peux invoquer les anges pour défendre l’idée que la résurrection n’existe pas puisque tu ne crois ni en l’un, ni en l’autre. A moins, peut-être, que ton âme commence à entrevoir la vérité divine. Jésus crut avoir remporté la victoire, aussi fut-il surpris d’entendre la voix du sadducéen s’élever à nouveau, cinglante.
- Je ne te parle pas de mes croyances, mais de l’incohérence des tiennes. Le corps de Jésus se crispa comme s’il venait de recevoir une gifle. Malgré le respect qu’il affichait pour son contradicteur, il ne put ignorer la menace terrible, insupportable, de ces paroles qui l’incitaient à se défier non seulement de ses ennemis mais aussi de lui-même et de ses faiblesses. Les regards des fidèles toujours plus nombreux à s’attacher à sa doctrine pesaient sur ses épaules et sa poitrine, étouffants. Il ne pouvait cette fois se contenter d’un haussements d’épaules méprisant pour reprendre son prêche là où il l’avait interrompu. Il devait à tout prix reprendre le dessus sous peine non seulement de les voir se détourner de lui, mais aussi de compromettre irrémédiablement sa réputation de prophète.
- Au temps de Moïse, une loi vous a été donnée. Il est encore trop tôt pour que vous compreniez le sens de mes paroles mais je suis venu pour mettre en lumière certains aspects de la loi, parfois au détriment de certains autres. Je suis ici non pour asservir, mais pour libérer. Le temps des prophète est à présent révolu: c’est le règne de Dieu qui commence.
- Bien, puisque nous en sommes à parler de la loi, selon toi, quel est le plus grand des commandements? Lui demanda un pharisien aux yeux couleur de plomb.
- Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit: voilà le plus grand et le premier des commandements. Le second lui est semblable: tu aimeras ton prochain comme toi-même. A ces deux commandements se rattache toute la Loi, ainsi que les prophètes mais vos esprits pervers ont fait de cas particuliers des généralités pour servir vos instincts dévoyés. En effet, vous qui me posiez la question de la répudiation, comment un homme songerait à répudier sa femme s’il l’aime comme lui-même? Brusquement, il abandonna ce sujet et leur posa une nouvelle question. Quelle est votre opinion au sujet du Christ? De qui est-il le fils?
- De David! S’exclamèrent-ils unanimement.
- Comment donc, David, parlant sous l’inspiration, l’appelle-t-il seigneur quand il a dit à mon seigneur: siège à ma droite, jusqu’à ce que j’aie mis tes ennemis dessous tes pieds? Si donc David l’appelle seigneur, comment est-il son fils?
- Pourquoi ne le serait-il pas? Cette phrase vise simplement à annoncer que le rejeton de David est appelé à régner… Je ne vois pas ce qu’il y a de mystérieux là-dedans! S’emporta un pharisien, offusqué de la manie de cet homme étrange de compliquer jusqu’à plus soif les choses les plus simples. Jésus se détourna d’eux et , les désignant d’un geste large de la main à la foule, il s’adressa à elle:
- Sur la chaire de Moïse se sont assis les scribes et les pharisiens, faites donc et observez tout ce qu’ils pourront vous dire, mais ne vous réglez pas sur leurs actes car ils disent et ne font pas. Ils lient de pesants fardeaux et les imposent aux épaules des gens mais se refusent à les remuer du doigt. En tout ils agissent pour se faire remarquer des hommes. C’est ainsi qu’ils font bien larges leurs phylactères et bien longues leurs franges. Ils aiment à occuper le premier divan dans les festins et les premiers sièges dans les synagogues, à recevoir les salutations sur les places publiques et à s’entendre appeler rabbi par les gens. Pour vous, ne vous faites pas appeler rabbi, car vous n’avez qu’un maître et tous vous êtes des frères. N’appelez personne votre père sur la terre: car vous n’en avez qu’un, le père céleste. Ne vous faites pas non plus appeler directeurs: car vous n’avez qu’un directeur, le Christ. Le plus grand parmi vous sera votre serviteur. Quiconque s’élèvera sera abaissé , et quiconque s’abaissera sera élevé. Le pharisien aux yeux d’orage, révulsé par ce flot d’injures, s’avança vers la foule et prit la parole à son tour.

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