Après une journée de travail bien chargée...

Publié le par Sandrine

Après une journée de travail bien chargée, Laura se détendait devant un plateau télévision. Les informations du journal de vingt heures étaient banalement malheureuses et ne lui apportaient qu’une maigre distraction.
Elle eût la sensation d’être coupable de voyeurisme à se repaître ainsi du malheur d’autrui. Une brusque gêne s’empara d’elle et elle attrapa la télécommande pour changer de chaîne. Elle allait appuyer sur le bouton et changer de programme quand un appel à témoin attira son attention. Un homme avait été renversé, ne portant sur lui aucun document d’identité et la gendarmerie, par le biais de la télévision, espérait collecter des informations sur son compte. Dès que la photo de l’homme en question s’afficha, son sang se figea dans ses veines. C’était l’accolyte de l’homme à la barbe ! Son apparence au moment de sa mort était légèrement différente mais elle l’aurait reconnu entre mille. Aucun doute n’était possible! Une peur irrationnelle s’empara soudainement de la jeune femme. Elle changea de chaîne précipitamment comme si la seule image de cet homme avait le pouvoir de l’atteindre pour lui nuire. Elle frissonna tout en tentant de se raisonner vainement. La sonnette retentit, lui arrachant un cri de surprise angoissée et la faisant sursauter violemment. Elle se reprit avec effort et alla ouvrir la porte. Elle l’entrebaîlla prudemment puis, découvrant Consuelo, l’ouvrit en grand.
«- Tu as vu l’appel à témoin, Laura,
-Oui. Pourquoi?
-Je connais cet homme.
-Pardon? Laura se demandait avec ébahissement par quel miracle Consuelo avait pu être en contact avec lui.
-Mais oui… Tu te souviens, je t’avais parlé de ce livreur qui m’avait fait si mauvaise impression…
-Oui. Celui qui a déposé la seringue.
-Oui. Et bien, c’est lui! Une peur rétrospective fit pâlir la jeune femme et Consuelo eut aussitôt un mouvement pour la soutenir, croyant qu’elle allait défaillir.
-Ne t’inquiète pas. Ca va aller.
-Je regrette de t’en avoir parlé. Je voulais t’avertir que je vais téléphoner à la gendarmerie pour leur expliquer que cet homme est le malfrat qui te persécute. Laura allait protester mais Consuelo l’en empêcha.
-Oh, non, ma belle! Je suis ravie que cette ordure soit hors d’état de nuire mais je doute qu’il agisse seul. J’ai la ferme intention de dire de que je sais pour permettre l’arrestation des autres, si Dieu veut… Tu devrais d’ailleurs en faire autant. Le regard de Laura se teinta de terreur impuissante. Consuelo la prit par les épaules en geste de protection maternelle et la conduisit jusqu’au canapé où elle la fit s’asseoir.
-Je ne connais pas ton histoire, mais j’ai souvent vu la peur et la douleur dans tes yeux. Tant que tu ne vaincras pas ta peur, tu ne seras jamais libre. Je te promets que je serai à tes côtés, mais je ne peux pas me battre à ta place. C’est ton combat. Devant le silence buté de la jeune femme, Consuelo soupira. Je ne pensais pas qu’il était dans ton caractère de te rendre sans te battre. Il y a des risques, tu as raison sur ce point. Mais si tu n’agis pas, tu es déjà vaincue. Nous somme nombreux à vouloir t’aider. Mais la patience des gens de bonne volonté a ses limites. Quoi qu’il te soit arrivé, tu n’en es pas responsable. Mais si les gens qui te tendent la main se détournent de toi parce que tu refuses leur aide, tu ne pourras t’en prendre qu’à toi-même.
-J’ai peur. Laissa tomber Laura en détournant le regard. J’ai honte et j’ai peur.
-Ca, c’est le domaine du docteur Chazel. Règle ce problème avec lui.
-Tu vas me laisser tomber, c’est ça? Lui demanda-t-elle avec anxiété.
-Ca fait des années que je suis à tes côtés et tu ne semble même pas t’en apercevoir. Tu es tellement repliée sur toi que ton comportement confine à l’égoïsme. Donne-moi une raison de croire que tu veux t'en sortir, Laura. Donne-moi une preuve tangible que j’ai raison de m’entêter à te soutenir. Parce que sans ça… Laura, ça va te sembler cruel, mais c’est ce que je peux faire de mieux pour t’aider: je t’interdis, tu m’entends, je t’interdis de m’approcher tant que tu ne m’auras pas donné cette preuve.» Laura lui jeta un regard mi-incrédule, mi-désespéré, mais Consuelo se détourna et referma la porte derrière elle.

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