Asseyez-vous Léa.

Publié le par Sandrine

«- Asseyez-vous Léa. Je crois que la station debout vous est pénible. Elle l’affrontait du regard, muette et refusa d’obtempérer. Vous vous imposez des souffrances inutiles. Il laissa ses yeux glisser de sa taille à ses pieds. Il sembla hésiter puis lui demanda : avez-vous des cicatrices?
-Il est trop pour le dire. Que me voulez –vous?
-Vous ne comprenez toujours pas…
-Non et je n’ai aucune intention de m’y efforcer. Je veux simplement que vous me fichiez la paix.
-Ce n’est plus possible, Léa. Qui est l’homme qui vous accompagne?
-Mon cousin.
-Allons, mon petit, j’ai passé l’âge de croire à ces fadaises. Depuis quand des cousins se vouvoient –ils?
-Que voulez-vous?
-La beauté. Le sang de Léa se glaça, elle venait de comprendre qu’Antoine était en deçà de la vérité le concernant.
-Je ne peux rien pour vous, cela concerne un chirurgien plastique.
-Ne vous faites pas plus bêtes que bous n’êtes. Avez-vous de la fièvre ? vous tremblez.
-Sortez d’ici. Lui ordonna-t-elle en haussant le ton. Chut ! les murs ont des oreilles ! la réprimanda-t-il en brandissant la lame à quelques centimètres de son visage. Soudain elle prit un pari fou.
-Dehors Gérard ! » Hurla-t-elle. Presque aussitôt une porte claqua mais déjà Gérard franchissait le seuil. Dès qu’elle ne le vit plus, elle s’effondra sur le lit et se mit à pleurer à chaudes larmes, secouée de longs sanglots. Ce dernier coup avait eu raison de sa résistance, seules demeuraient la peur et la douleur. Une main se posa sur son épaule, simple contacte d’abord puis pression qui l’exhortait à se retourner. Laissez-moi. Gémit-elle sans le regarder.
« -Maintenant moins que jamais. vous a-t-il blessée ?
-Non. Répondit-elle en reniflant.
-Tournez-vous ou c’est moi qui vous retourne. Je ne supporte pas de ne pas voir le visage de mon interlocuteur.
-Vous ne perdez rien à ne pas le voir cette fois-ci.
-Je me fiche de votre nez et de vos yeux rouges. Ce ne sera pas plus ridicule que votre bouse ouverte à l’hôpital.
-Je ne me suis pas levée en votre présence ! s’emporta-t-elle, révoltée à l’idée qu’il ait pu l’épier alors qu’elle se rhabillait.
-Et je n’ai rien vu, mais enfin obtenu gain de cause. Que voulait-il ?
-La beauté.
-Pardon ?
-Je vous répète ce qu’il ma dite m’a dit et je ne comprends pas plus que vous ce que ça peut bien vouloir dire. Ce que je comprends moi, c’est que je ne dois plus vous quitter d’une semelle.
-Superbe ! c’est exactement ce que j’avait besoin d’entendre !
-Ça ne me regarde pas, je ne suis pas psychologue. Débrouillez-vous comme vous voulez mais il va falloir vous habituer à m’avoir sur le dos.
-Ça devient de la folie ! s’exclama-t-elle en levant les yeux au ciel.
-Repoudrez-vous, nous allons dîner. » Elle alla protester mais il ne lui en laissa pas le loisir et
commença à transférer ses affaires dans sa chambre.
Léa regardait la mer ondulant doucement tandis qu’Antoine allumait une cigarette.
« -En voulez –vous une ? lui demanda-t-il gentiment. Léa s’extirpa de sa rêverie. Elle hésita une seconde.
-Oui, merci. Répondit-elle finalement. Je sais que cette situation vous pèse et j’en suis navré mais c’est un mal nécessaire. Honnêtement, Léa, je crois que nous prenons cette histoire par le petit bout de la lorgnette.
-Je crains de ne vous suivre. Antoine soupira.
-Je crois que tout ceci est lié à votre ancien mari. Léa sursauta comme sous une décharge électrique.
-Jamais Claude ne chercherait à ma nuire !
-Ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit.
-Alors expliquez –vous. Lui demanda-t-elle avec un agacement quelle ne chercha pas à dissimuler.
-Pas tout de suite. Répliqua-t-il avec une nonchalance qui exaspéra la jeune femme qui tapotait nerveusement sur sa cigarette au dessus du cendrier. Il faut d’abord que je récupère quelques documents.
-Mon ex-mari a été jugé et condamné. Répliqua-t-elle d’une voix blanche en détournant le regard. Par la justice ou par vous. Léa se retourna piquée au vif.
-Pour qui me prenez-vous ? j’ai tout tenté pour lui éviter la prison. La détermination et la douleur qu’il lu dans ses yeux attestèrent de la vérité de ses propos et il repris avec plus de douceur. Et il va falloir persévérer parce que je pense que c’est là l’origine de tous vos problèmes. Léa nia lentement.
-J’y ai pensai mais c’est impossible. Nous étions à Nantes…
-Ça n’engage à rien de vérifier. Insista-t-il en la fixant plus intensément.
-Si c’est bien cela, expliquez-moi pourquoi les anciens propriétaires de la maison l’on vu brûler eux aussi ? Antoine regarda sa montre.
-Nous le saurons d’ici dix minutes : ils ont accepté de dîner avec nous. Léa le dévisagea avec surprise. Il n’avait pas perdu son temps. Un serveur s’approcha d’eux. A sa manière un peu gauche de leur proposer un apéritif, Léa comprit qu’il débutait et lui sourit chaleureusement pour le rassurer.
-Deux martinis. Lui répondit Antoine sans consulter la jeune femme qui adressa au garçon une mimique lui signifiant qu’Antoine était un casse-pieds. Vous avez besoin d’un remontant aussi vous ai-je coupé la chique avant que vous ne commandiez un jus de tomate.
-Je ne pensais pas avoir l’air d’une ascète. Répliqua-t-elle ironique.
-Pas plus que moi d’un emmerdeur. Répliqua-t-il du tac au tac.
-Dans ce cas c’est encore pire, vous êtes, un macho.
-Chez moi on appelle ça être prévenant. Le garçon revint, manipulant son plateau avec d’infinies précautions pour ne pas se couvrir de ridicule. Léa se revit dix ans plus tôt et ne put résister à l’envi de lui venir en aide.
-Ne vous vexez pas, mais si je peux me permettre, la charge de votre plateau est mal répartie et c’est de là que proviennent vos difficultés. Le jeune homme acquiesça gravement.
-Je croix surtout que j’aurais mieux fait trouver un autre job. Le patron m’a promis de m’étrangler si je cassais encore un verre. Antoine ricana avant de lui tendre une carte de visite.
-Je ne vous le souhait pas mais si l’irréparable se produisait, appelez-moi, un de mes amis tient un stand de glaces et il cherche quelqu’un pour l’aider.
-Qu’il patiente encore quarante huit heures et je serais à lui. » répondit-il avec un petit sourire fataliste.

Les verres étaient vides et le cendriers plein quand le couple pénétra dans la salle aux
larges baies vitrées et à la luxuriante végétation artificielle. Léa et Antoine se levèrent aussitôt.

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