Assis dans la salle d'attente du procureur...

Publié le par Sandrine

Assis dans la salle d'attente du procureur, encadré de ses anges gardiens toujours muets, Olivier se rendit brusquement compte qu'il ignorait finalement ce qu'il faisait là, et ce qui l'attendait.Il avait beau rassembler ses souvenirs, le bilan de son examen de conscience ne suffisait pas à expliquer sa présence dans ces locaux, pas plus que la manière dont les événements s'enchaînaient. Alors qu'il ne l'espérait plus, la porte qui leur faisait face s'ouvrit sur un individu mince et nerveux.
"Par ici, monsieur Dugas, s'il vous plaît."
Olivier se dressa sur ses jambes engourdies par cette trop longue inactivité et s'avança dans la direction indiquée. Surpris, il nota que les gendarmes ne le suivaient pas. Olivier demeura debout pendant que le greffier s'asseyait derrière un petit bureau dans l'angle de la pièce. Un homme imposant aux cheveux gris tenait dans ses mains grasses une liasse de papier qu'il parcourait placidement, ne semblant pas s'apercevoir de la présence de l'homme qu'il avait convoqué.
"Asseyez-vous, Monsieur Dugas.", dit-il soudain d'une voix de stentor qui arracha un violent sursaut à Olivier.
"Vous me posez un énorme problème, cher monsieur, commença-t-il en levant ses yeux bleu acier de ses papiers pour les poser sur Olivier désormais tendu comme un arc. Votre attitude est totalement incohérente et je ne sais plus que penser. Ces messieurs qui vous attendent à ma porte ont fait preuve d'une grande délicatesse à votre égard. Or, avec deux cadavres sur les bras et la presse aux trousses c'est un luxe que je ne peux pas me payer. Je ne sais pas comment vous considérer et encore moins ce que je dois faire de vous. Je vais tâcher de vous exposer les faits simplement et vous allez dissiper les zones d'ombre qui subsistent à votre sujet sans quoi je serai contraint de vous placer en détention pour vous donner le temps de réfléchir."
La menace était claire et Olivier jeta un regard effaré au procureur. Cet homme avait perdu l'esprit! " En bref, reprit-il d'une voix grondante, nous avons aujourd'hui la certitude qu'il y a non pas un mais deux tueurs. En outre, nous sommes absolument convaincus qu'il s'agit de membres de votre communauté. Or, voyez-vous, des témoins totalement fiables vous ont vu aller à la salle de prières avec une charmante jeune femme qui, par le plus grand des hasards, n'est pas la vôtre. Après quelques recherches de notre part, il est apparu que vous lui avez téléphoné deux fois en deux jours. Il s'agirait d'une certaine Marie-Anne Lesage. De plus, malgré nos efforts, vous refusez obstinément de répondre à toutes nos questions, même les plus anodines. Que penseriez-vous à ma place?"
Olivier pâlit.
"Vous êtes sérieux? chuchota-t-il, la voix cassée par l'émotion.
- Ai-je l'air de plaisanter? répliqua le procureur, souriant. Il me faut des réponses, et il me les faut tout de suite!", hurla-t-il en tapant violemment du plat de la main sur son bureau.
Olivier faillit défaillir.
"C'était ma fille! bredouilla-t-il. Mon unique enfant... comment pouvez-vous imaginer ne serait-ce qu'une seconde... vous êtes monstrueux! siffla-t-il.
- Qui est Marie-Anne Lesage?
- Une amie.
- Où étiez-vous le seize août?
- Au travail, à la maison avec ma femme et des amis, les Auvert, puis en compagnie des gendarmes.
- Depuis quand frayez-vous avec des journalistes?"
Olivier se cala dans son siège avant de répondre.
- Je veux un avocat.
- Qui, parmi vos coreligionnaires, soupçonnez-vous?
- Je veux un avocat.", répéta Olivier avec une colère froide.
Le procureur soupira bruyamment.
"Savez-vous que par votre silence vous protégez un individu extrêmement dangereux : l'assassin de votre fille!
- Je ne protège personne! Hurla Olivier. Je ne sais rien! Je n'ai pas les réponses à vos questions! Vous recherchez des déséquilibrés, des mystiques, des aigris : ils le sont tous! Mais qui vous attendiez-vous à trouver dans une secte, nom d'un chien, des prix Nobel!"
Il se rassit, à bout de souffle. Le procureur le fixa pensivement pendant quelques instants.
"Je crois que nous avons fait fausse route à votre sujet, monsieur Dugas, céda-t-il brusquement. Je vous présente mes excuses. Vous êtes libre."

Lire la suite: Je suis Marie Constantin

Publié dans La Clef de sept

Commenter cet article