Au cours de sa deuxième consultation...

Publié le par Sandrine

Au cours de sa deuxième consultation avec le docteur Chazel, Laura annonça qu’elle s’apprêtait à reprendre totalement le travail.
«- Ce sera une bonne chose pour moi et Marie en sera soulagée, dit-elle avec une assurance tranquille. Elle se fait trop de souci pour moi. Quant à moi, j’ai besoin d’occuper mes journées. L’oisiveté ne me réussit pas.» Chazel n’était pas tout à fait certain de ce qu’il voyait. Il y avait quelque chose de radicalement différent chez la jeune femme qui se tenait devant lui. Un côté vif et résolu qui tranchait étrangement avec la jeune femme mutine et révoltée qu’il avait vu la semaine précédente. Ce jour-là, elle portait un chemisier décolleté sur un pantalon de tailleur noir parfaitement coupé. Aujourd’hui, elle était vêtue d’un simple jean et d’un pull over à grosses mailles. Une pince en écailles retenait ses cheveux. Elle semblait sereine et détachée.
«- Avez-vous eu d’autres périodes d’absence, Laura?» Elle haussa les épaules, provocante. Elle leva légèrement le menton et ficha son regard têtu dans celui, impassible, du médecin. Elle ne dit pas un mot. Le docteur Chazel eut un sourire intérieur. La partie n’était pas gagnée et l’adversaire semblait de taille. Il décida de la prendre à son propre jeu. «Bien, dit-il calmement. Laura, puisque vous vous sentez si forte, pourquoi ne pas vous allonger sur ce canapé, vous détendre, prendre votre courage à deux mains et parler enfin?» Il étudia attentivement sa réaction. Elle ne modifia pas son attitude d’un pouce. Son regard se teinta toutefois de mépris. La ficelle était grossière, elle n’était pas dupe une seconde et le lui faisait sentir. «Vous reprochez-vous quelque chose? Qu’avez-vous donc à cacher, Laura?» Lui demanda-t-il, incisif. Elle ricana, se recula dans le fauteuil et croisa les bras sans jamais le lâcher du regard.
«- Laura, je ne désire que vous aider. Marie m’a dit que vous n’aviez jamais consulté de psychologue auparavant. C’est vraisemblablement ce qui explique en partie votre réticence à vous confier à moi. Pourquoi ne pas fermer les yeux, lâcher prise et apprendre progressivement à vous sentir en confiance avec moi? Nous pourrons ainsi travailler ensemble.
-Etes-vous donc si sûr qu’il y aura d’autres séances? Lui demanda-t-elle avec ironie.
-Je ne fais que l’espérer. Je ne suis pas votre ennemi. D’ailleurs pourquoi êtes-vous ici si vous n’avez pas l’intention de poursuivre nos entretiens? Un sourire désabusé étira les lèvres de Laura.
-Uniquement pour rassurer Marie. Ne vous leurrez pas sur mon compte, docteur. Malgré l’aile protectrice dont Marie tente de m’entourer, j’ai pour habitude de régler mes problèmes seule.
-Etes-vous absolument sûre que ce soit encore le meilleur moyen de vous en sortir aujourd’hui, Laura? Elle le toisa d’un air buté quelques instants. Soudain, son attitude détachée s’évanouit. Laura croisa les jambes, releva la tête, porta la main en arrière et ouvrit la pince qui disciplinait sa chevelure. Chazel vit la masse de cheveux sombres se répandre autour de son visage. Un sourire mystérieux et aguicheur se dessina sur ses lèvres.
-Qui vous dit que je n’ai pas simplement vécu une délicieuse escapade amoureuse de deux ans? Le nargua-t-elle.
-Votre séjour à l’hôpital. Vous souffrez, Laura. Admettez-le. »

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