Avez-vous seulement jeté un œil à ces photos?...

Publié le par Sandrine

- Avez-vous seulement jeté un œil à ces photos? Lui demanda-t-il, pris d’un doute.
- Non. Je n’en ai pas eu le temps.
- C’est un tort. Sans quoi vous auriez immédiatement reconnu l’homme dont je vous parle.
Regardez, là. Il est juste à côté du cameraman.
- Je n’y avais pas fait attention.
- Pourquoi avez-vous pris ces photos?
- Je ne sais pas. C’était une impulsion… Je pensais que ça ne mènerait à rien.
- Je vous affirme au contraire que c’est très intéressant. Samira demeurait perdue dans ses pensées et les paroles de Rémi ne faisaient que l’effleurer comme une mélodie d’ambiance.
- Samira… L’appela-t-il. Samira, que vous arrive-t-il?
- J’ai été prise en chasse par deux individus quand les protagonistes des événements d’hier soir se sont aperçus que des clichés avaient été pris depuis l’immeuble. Ils ont assuré à une voisine qui m’a recueillie qu’ils étaient policiers et je crois qu’ils lui ont tendu une carte professionnelle.
- Ce n’est pas logique… Jamais la police n’accepterait de se compromettre de la sorte.
- Ca, je n’en suis pas convaincue….
- J’imagine que vous avez une bonne raison pour cela? Les traits de Samira se contractèrent.
- Oui. La police m’a affirmé que mon fils a été abattu parce qu’il participait aux jets de cocktails Molotov mais les jeunes du quartier, eux, m’ont juré qu’il n’en était rien et je suis intimement convaincue qu’ils ne m’ont pas menti.
- Pourquoi n’avez-vous pas contesté le rapport d’autopsie? S’étonna-t-il.
- Parce que nous parlons du corps de mon fils! S’indigna-t-elle.
- Je comprends que c’est extrêmement douloureux pour vous, Samira, mais il me paraît important de découvrir la vérité. Si votre fils n’avait rien à se reprocher, il ne s’agit pas d’une vulgaire bavure policière mais d’un meurtre et les coupables doivent en répondre devant la justice. Il faut que vous alliez voir un avocat.
- Je n’en ai ni le courage ni les moyens. Trancha-t-elle, butée.
- En ce qui concerne le courage, je crois que vous vous sous estimez largement. Pour ce qui est des moyens, il existe l’aide juridictionnelle et c’est totalement gratuit. Vous avez droit à ce que l’on vous rende justice comme à n’importe quel citoyen. Il faut que vous preniez les choses en main.
- Je ne suis pas convaincue d’en avoir envie.
- Je n’ai pourtant pas l’impression d’avoir quelqu’un de lâche en face de moi. Samira sursauta.
- Je ne vous permets pas. Siffla-t-elle.
- Alors prouvez-moi le contraire. La défia-t-il.
- Je ne connais personne ici.
- Moi si et je vous ai déjà proposé de vous aider. Ce n’est pas une proposition en l’air.
- Savez-vous ce que vous me demandez?
- De réhabiliter votre enfant.
- Non, il ne s’agit pas de cela. Il va falloir l’exhumer alors qu’il vient tout juste d’être mis au tombeau.
- Ne vous choquez pas mais c’est une bonne chose, les preuves éventuellement présentes sur son corps ne sont peut-être pas encore totalement dégradées.
- Vous parlez de mon fils!
- Non. Je vous parle d’un corps vide voué à la putréfaction. Votre fils est mort et seule sa mémoire a de l’importance. Ne vous laissez pas manipuler: ceux qui ont nui à Gauthier compte sur vos émotions pour vous paralyser.
- Ils n’ont peut-être pas tort…
- Vous savez bien que si. Je ne pense pas que vous pourriez continuer à vivre tant que ces doutes n’auront pas été éclaircis.
- Je ne sais pas.
- Nous allons prendre un taxi et je vais vous déposer à un hôtel pour que vous y passiez la nuit. Vous avez besoin de sommeil. Je passerai demain matin pour que nous reparlions de tout ça.
- Je ne peux pas vous promettre que j’aurai pris une décision.
- Je sais que vous aurez pris la bonne décision.
- J’ai horreur qu’on me force la main.
- Ce n’est pas mon intention et vous le savez. Je peux parfaitement me passer de votre aide, Samira. Ce sera plus long et plus difficile mais je finirai par obtenir gain de cause. Il serait cependant stupide de nous gêner mutuellement alors que vous avons intérêt à collaborer. Pensez-y. » Conclut-il en se levant et en attendant qu’elle le suive.

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