Bernard, soutenant Linda

Publié le par Sandrine

Bernard, soutenant Linda.Mais qu’est-ce qu’il fait, ce médecin!
Claire.
Ne t’inquiète pas, Bernard: Henri a pris les choses en main!
Solange.
J’en ai partout! Fais un peu attention, Bernard!
La porte claque, s’ouvrant sur Cécile rayonnante dont les vêtements sont en désordre, Henri dont le col de chemise est déboutonné et dont la cravate pend de la poche de la veste dans laquelle il l’a mise à la hâte, et sur le médecin perpétuellement éméché.Cécile, gaiement.
C’est nous!
Claire, grondante.Cécile!
Bernard.
C’est normal, Claire. Tu l’as dit: elle a pris la chose en main!
Claire, outrée.Henri!
Henri, souriant béatement.Oui, mon ange…
Claire, offusquée et gémissante.Je demande le divorce!
Claire fait volte face et remonte les marches qu’elle vient de descendre. Henri, revenant brusquement sur terre, s’élance à sa suite. Le médecin, chancelant, se rend au chevet de Linda que Bernard a étendue sur le canapé.Le médecin.
Alors, que se passe-t-il?
Bernard.
Ca ne se voit pas?
Le médecin, examinant le poignet ensanglanté que Bernard lui agite sous le nez.Ce n’est pas très beau… Il va falloir lui faire des points.
Bernard, inquiet.Est-ce absolument nécessaire?
Le médecin, fouillant dans sa sacoche et en sortant une bouteille de Bourbon qu’il dépose négligemment au sol.Rassurez-vous, ce n’est rien. Elle ne sentira rien du tout. Tenez, la semaine dernière, j’ai recousu la mère Leblanc suite à un accident domestique, et bien, cinq minutes après, elle ne s’en souvenait déjà plus… Une formalité, je vous dit!
Bernard
Elle est Alzeimer! Vous la découperiez en morceaux qu’elle ne s’en souviendrait pas davantage!
Le médecin, pouffant.C’est ma foi possible. Quand bien même, cher ami, qu’elle ondule de la toiture ne change rien au fait qu’elle sent la douleur comme les autres et pourtant, je vous assure, elle discutait tranquillement avec moi pendant toute l’opération. Auriez-vous un verre?
Solange, intriguée mais le lui amenant malgré tout.
Vous allez lui faire prendre un calmant?
Le médecin.
Non, pourquoi? Avez-vous vu ses yeux? Je crois qu’elle est anesthésiée pour les trois semaines à venir…
Le médecin ouvre sa bouteille et se sert une généreuse rasade d’alcool.Bernard.
Vous ne comptez tout de même pas boire ça avant de la suturer?
Le médecin.
Précisément, si. Ce type de médication m’est absolument nécessaire avant tout travail délicat. Voyez-vous, à mon âge, j’ai la vue qui baisse et il se trouve que le Bourbon est vraiment souverain dans ces cas-là.
Solange.
Ne serait-il pas préférable de porter tout simplement des lunettes?
Le médecin.
Que nenni! Les lunettes pallient au problème, elles ne le règlent pas. Tandis que lui…
Le médecin caresse tendrement sa bouteille.Le médecin.
Bon, allons-y!
Le médecin lutte quelques instants pour assembler le fil et l’aiguille sous les regards effarés de Solange et Bernard.Bernard, blême.
Où est l’hôpital le plus proche?
Le médecin.
Pour quoi faire? Les plaies ne sont pas belles, je vous l’accorde, mais cette jeune fille n’a rien de grave… Regardez, là, elle a manqué les veines.
Bernard se passe une main sur le visage alors que Solange se lève et s’éloigne en se tordant les mains.
Le médecin.
S’il vous plaît, posez votre doigt, juste là… C’est parfait! Vous verrez: ce sera du Dior!
Bernard.
Dieu vous entende! Bas. Puisse-t-il aussi guider ta main…
Le médecin.
Et voilà, c’est fini! Je vous l’avais bien dit: une formalité! A présent, je vais vous quitter: la vache de Pierrot est sur le point de vêler et je lui ai promis un coup de main…
Le médecin se lève difficilement et quitte la pièce.

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