Charles était nerveux...

Publié le par Sandrine

Charles était nerveux. Simon sentait que l’atmosphère qui régnait dans la voiture était électrique et sa conduite s’en ressentait, ce qui lui valait à l’occasion les remarques acerbes de son passager.
Ils avaient dû partir précipitamment et Charles ne supportait pas même l’idée de fuite. D’autant moins qu’elle l’éloignait de Laura. C’était d’ailleurs à cause d’elle qu’ils avaient été obligés de plier bagage. Une présence policière à laquelle ils ne s’attendaient pas s’était brusquement déployée autour de la jeune femme. Charles ne l’avait pas remarquée, au début. Quand il s’en était aperçu, il avait attribué cette présence à d’autres raisons, aveuglé par la certitude de l’emprise qu’il avait sur elle. Il était dans une fureur folle, mais une sourde angoisse le tenaillait sans cesse depuis: qu’avait-elle bien pu faire ou dire? Il ne parvenait toujours pas à croire qu’elle ait pu trouver le courage de parler. Non. Ce ne pouvait être à leur sujet! Toujours était-il qu’ils se trouvaient impliqués, directement ou non. Il se vengerait! Elle ne pouvait pas lui échapper. Elle était sienne! Simon jeta un rapide coup d’œil à Charles, le regard fixe, les lèvres serrées, les narines pincées, le poing fermé, il fulminait. S’il avait eu la tentation de lui adresser quelques paroles de réconfort, la physionomie de Charles l’en dissuada aussitôt. Simon le craignait. Il avait déjà vu de quels débordements il était capable quand il était dans cet état. La route se déroulait régulièrement devant lui, monotone, pourtant, il préféra se concentrer sur elle pour tenter d’oublier le danger qui était assis à ses côtés. Il dégrafa le premier bouton de sa chemise. Il étouffait. L’habitacle de la voiture lui sembla brusquement minuscule. «Ralentis!» Ordonna brusquement Charles. Sans un regard envers lui, Simon leva le pied de l’accélérateur immédiatement. «Il n’y a jamais un chat sur cette route mais se faire coincer par les flics pour un vulgaire excès de vitesse serait ridicule.» Simon, pour toute réponse, soupira. C’était la seule manifestation de révolte qu’il osa opposer à Charles. Il n’y avait aucun signe de présence humaine dans le coin et pour la première fois, cette solitude pesa à Simon. S’il avait accéléré de la sorte, c’est qu’il n’avait qu’une envie: déguerpir de cet endroit au plus vite.

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