Dans sa voiture, Sylvain ne pouvait s’empêcher de penser...

Publié le par Sandrine

Dans sa voiture, Sylvain ne pouvait s’empêcher de penser à Laura. La mort de cet homme avait été pour elle un rituel initiatique.
L’enfant venait de disparaître définitivement donnant le jour à une femme nouvelle, mystérieuse pour lui et encore inconnue d’elle-même. Il se réjouissait à l’avance de retrouver Camille, si calme, si posée, si tendre. Elle avait toujours dégagé une aura de force tranquille qui apaisait son tempérament nerveux dès qu’il la voyait. Il poussa la porte d’entrée, s’attendant à la trouver dans le salon, mais il était désert. Le silence avait envahi la maison et sa voix résonna comme dans une cathédrale quand il l’appela. Un néant obstiné répondit à son appel. Une vague angoisse s’insinua en lui. Il s’assit dans le canapé de cuir vert bouteille et découvrit une lettre qui avait été déposée sur la table basse au plateau de céramique à son attention. Il était déçu d’être privé de la présence de sa femme. Elle était le seul élément stable de son environnement et son absence sonnait comme une trahison. Avec un soupir agacé d’enfant gâté, il parcourut l’écriture
familière.
«Sylvain,
Je suis partie quelques jours chez Elisabeth. J’ai besoin de réfléchir. Je t’aime mais j’ai la désagréable impression que tu m’échappes insensiblement. Tu me considères comme un objet auquel tu ne prêtes qu’une attention distraite. Cette Laura que tu suis exerce sur toi une attraction à laquelle tu réponds sans même en avoir conscience. Chacun de tes gestes, chacune de tes pensées, te ramènent perpétuellement à elle. En d’autres temps, je l’aurais accusée de sorcellerie. Son mystère t’a envouté. Je déteste ce que je vais faire mais tu ne me laisses pas d’autre choix. Je te pose un ultimatum. Si d’ici une semaine, tu ne viens pas me voir en me disant que tu as confié Laura aux bons soins de tes collègues, je demande le divorce. Elle a besoin d’aide, je te l’accorde, mais pas forcément de la tienne. Tu n’es pas le seul psychiatre compétent en ce bas monde. Sincèrement, je crois que tu constitues un frein à son évolution. Tu manques de la plus élémentaire lucidité… J’en veux pour preuve que tu ne t’es pas remis en question malgré tes qualités professionnelles sur ton comportement envers cette jeune femme et que tu ne t’es pas davantage aperçu du fossé qui se creusait entre nous. Je vis avec le fantôme de l’homme que j’ai épousé et j’en souffre énormément. Ressaisis-toi, Sylvain! Tu n’es plus que l’ombre de toi-même et notre couple est moribond.» Ce fut comme une douche glacée. Ce dont il n’avait pris conscience il n’y avait que quelques heures était pour Camille une évidence criante depuis longtemps. Bien sûr, il allait confier Laura à quelqu’un de plus apte que lui… Mais comment lui annoncer sa défection alors qu’il avait une terrible nouvelle à lui annoncer? Il se prit la tête dans les mains. Jamais il ne s’était senti si vulnérable, si faillible. Il se leva et se servit un verre de vin d’orange glacé que Camille faisait à merveille. «Ne sois pas hypocrite! Ais au moins l’honnêteté de t’avouer à toi-même la répugnance que tu éprouves à abandonner Laura. Non pas parce que tu crains pour elle, tu n’as pas l’excuse de la générosité. Mais bien parce que tu étais en train de succomber à son charme magnétique, d’autant plus envoûtant qu’elle n’en a pas conscience. Tu n’es finalement pas si éloigné de Guillaume… Si lui a pris son corps, toi, tu t’es emparé sans vergogne de son esprit. Seigneur! Faites que je n’ai pas fait plus de mal que de bien à cette jeune femme! C’est décidé: j’arrête tout avant d’être responsable d’une catastrophe, à moins qu’il ne soit déjà trop tard… Mais comment faire? Nadine Volanges! Elle est excellente, elle a réalisé des miracles. Et c’est une femme… Elle ne pourra pas risquer dans les rets invisibles de Laura.» Il avala son verre d’un trait et attendit de recouvrer son calme avant de téléphoner à sa collègue.

Commenter cet article