Des cars de CRS se massaient aux abords...

Publié le par Sandrine

Des cars de CRS se massaient aux abords de la cité. Elle pesta contre cette provocation inutile. Sans combattants de chaque côté, il n'y aurait pas de combat et la paix, aussi provisoire qu'elle fût, se serait installée d'elle-même. Un groupe de jeunes longea les bus pour entrer dans la cité.
Ils marchaient tranquillement, ne cherchant nullement l'affrontement. Trois CRS équipés de ce qu'il fallait bien appeler une armure les interpellèrent et leur demandèrent leurs papiers. Ils les leur tendirent sans résistance. Un groupe de trois journalistes, dont un homme caméra à l'épaule, jaillit de l'obscurité et tendit un micro en direction des jeunes. Samira soupira. Il n'en faudrait pas beaucoup plus pour échauffer les esprits... Elle eût la tentation de descendre mais se retint. Ce n'était pas le moment... Il lui fallait patienter encore un peu. Un criminel revient toujours sur les lieux de son crime. Puisque le ministre était venu hier, il reviendrait sans doute dans les prochains jours... Et elle serait là!
Ne sachant que faire pour tromper l'attente, elle alluma la télévision, cette grande dispensatrice de pensées prémâchées...
"- ... Les forces de l'ordre ont poursuivi les interpellations. Plus de 150 personnes ont été arrêtées depuis le début des émeutes. 78 durant la dernière nuit. Quarante-deux d'entre elles ont déjà été déférées devant la justice. Et des peines de prison ferme ont été prononcées. Ces incidents perturbent énormément la vie des habitants des cités. Les transports en commun notamment en subissent les conséquences. Des conducteurs ont en effet exercé leur droit de retrait en raison de l'agression dont l'un d'entre eux a été victime mercredi soir. Les témoignages d'exaspération se multiplient. Et les gens commencent à avoir peur d'être pris dans les rixes. Les violences ont pris une telle dimension que les policiers parlent maintenant d'une véritable guérilla urbaine..." Samira entendit un cri et bondit de son fauteuil pour se rendre à la fenêtre. Des jeunes couraient en tous sens poursuivis par des CRS visiblement gênés par leur attirail de protection. Des insultes fusaient, des cocktails molotov les suivaient, incendiant la nuit. Des panaches de fumée s'élevaient à présent des rares voitures encore intactes garées sur le parking. Les matraques des forces de l'ordre s'agitaient fébrilement, heurtant tantôt une tête tantôt un membre, frappant à l'aveuglette avec un bel entrain. L'une d'elle s'éleva dans le ciel et se pointa dans sa direction. Aussitôt, elle comprit et se jeta sur l'interrupteur pour éteindre la lumière. Elle se recroquevilla dans le canapé et retint sa respiration. Elle jetait de temps à autre un regard inquiet à la pendule qui égrenait lentement les minutes. Rien ne se produisait et cette attente était plus douloureuse que ne l'auraient été des coups. Après plus d'une heure passée dans le noir, les yeux fermés, les poings serrés et les oreilles assaillies de hurlements et de fracas d'objets brisés, elle comprit qu'elle avait réagi à temps et que sa présence dans la cité n'intéressait personne. Elle soupira longuement et décida qu'il était temps d'aller se coucher.

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