Dis-moi, Moïse, pourquoi...

Publié le par Sandrine

«- Dis-moi, Moïse, pourquoi as-tu quitté la merveilleuse Egypte pour te perdre en ce désert? Lui demanda-t-il finalement. Moïse quitta son regard des yeux et fixa un point imaginaire au-delà de lui, sur le mur peint à la chaux et prit une grande inspiration avant de lui répondre.
- El Shaddai me l’a ordonné. Dit-il finalement, laconique.
- Et que t’a-t-il ordonné d’autre? Lui demanda ironiquement l’imam.
- De conduire mon peuple hors d’Egypte pour le mener jusqu’à la terre promise conformément à la promesse qu’Il a faite à Abraham. Reuel partit d’un grand éclat de rire qui se répercuta sur les murs de la modeste habitation.
- Je ne te demande pas d’adhérer à ma foi mais accorde-moi au moins le respect dû à un hôte! Protesta-t-il sans élever la voix.
- Et moi, je te demande de ne pas insulter mon intelligence. Trancha-t-il avec une sourde violence qui alerta Moïse sur l’erreur de jugement qu’il avait faite envers ce père de famille débonnaire. Je suis moi-même prêtre depuis trop longtemps pour ignorer que le seul vrai dieu que nous servons tous deux est le pouvoir. Ta démarche n’est-elle pas trop ambitieuse pour aboutir? Lui demanda-t-il malicieusement.
- Abraham et Jacob ne l’ont-ils pas fait avant moi? Lui répondit-il presque nonchalamment.
- En effet. Ton regard possède la même lueur que celui du fou et du sage. Sauras-tu ne pas brûler les étapes dans ton impatience d’accéder au pouvoir suprême?
- El Shaddaï… Commença Moïse.
- Est un mythe au service des hommes intelligents au même titre qu’Allah,Râ et tous les autres. Le coupa-t-il avec agacement. Je te le demande à nouveau, Moïse, à combien évalues-tu tes chances d’aboutir?
- Quatre vingt dix pour cent. Reuel l’approuva silencieusement.
- Si tu m’intéresse dans cette affaire, je peux augmenter tes chances jusqu’à la certitude.
- Que veux-tu? Lui demanda-t-il avec méfiance.
- Etre ton beau-père. Ainsi, pour être totalement franc, je n’aurais aucune responsabilité et ta gloire rejaillira sur moi et les miens.
- Laquelle de tes filles m’offres-tu?
- Cipporah, ma cadette.
- Tu ne prends pas grand risque. Rétorqua-t-il avec mépris. Les filles sortent de tes reins comme l’air de tes narines et tu m’offres celle dont tu n’est pas totalement certain de pouvoir assurer l’avenir!
- Je t’offre également mon savoir et mon silence. Ca, tu ne devrais pas le négliger.
- J’ai déjà celui des égyptiens et des hébreux…
- Avec mes connaissances, tu bénéficieras d’une vue exacte du fait religieux à notre époque puisque tu posséderas le savoir des trois plus grandes religions de notre temps. Il ne te resteras plus qu’ à en faire une synthèse, en dégager la substantifique moelle et en déduire une stratégie imparable. Moïse planta son regard dans le sien et le sonda longuement en silence. Reuel se livra de bonne grâce à cet examen.
- Tu es un homme avide. Laissa-t-il finalement tomber. Ses mots sonnèrent comme une gifle dans le silence qui entourait les deux hommes.
- Et toi un être dévoré d’ambition et terriblement imbu de sa personne. C’est pour ça que nous nous entendrons. Répliqua-t-il avec une tranquille assurance, négligeant de relever l‘insulte.
- Marché conclu.» Lui répondit subitement Moïse, conscient que l’expérience qu’il lui proposait était un atout dont il était ridicule de se priver.

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Ecrivain 28/09/2014 19:58

Bonjour et merci de votre visite.
Oui, le texte intégral est disponible. Il vous suffit de cliquer sur "La divine imposture" dans la colonne de droite et à la fin de l'article vous découvrirez tous les paragraphes classés dans l'ordre de lecture.
Cordialement

zika 28/09/2014 18:28

C'est passionnant, y a t-il une suite, je reviendrais demain!