Dissimulée dans sa voiture...

Publié le par Sandrine

Dissimulée dans sa voiture, la main crispée sur le pommeau du levier de vitesse, Marie observait l’ombre de Laura passer devant la fenêtre. Elle était terriblement vexée d’avoir été éconduite par Consuelo. Elle se demandait avec appréhension ce que Laura avait bien pu lui confier. Une pointe de jalousie naissait en elle, qu’elle avait du mal à juguler. Au comble de l’agacement, elle démarra.
«- Excusez-moi, madame. J’ai un colis pour mademoiselle Garnier» Consuelo examina le livreur de la tête aux pieds. Il ne lui inspirait pas confiance. Elle hocha pensivement la tête. Décidément, elle n’aimait pas ce type.
-Laissez-le-moi. Elle est absente pour le moment. Je le lui remettrais à son retour.» Simon sentait la méfiance de Consuelo même s’il ne se l’expliquait pas. «Mets-la en confiance. Lui avait recommandé Charles. Les concierges sont des mines de renseignements Tâche de la faire parler. Retiens tout ce qu’elle pourra te dire, même si ça a l’air sans importance, il se peut qu’elle te donne de bonnes indications sans s’en apercevoir.» Simon, malgré l’hostilité évidente de Consuelo, tenta d’engager la conversation.
«- Garnier Laura… N’est-ce pas la jeune femme qui a été enlevée?
-Vous devez faire erreur. Personne n’a eu d’ennui de ce genre ici. C’est un quartier tranquille.
-J’ai dû me tromper, alors. Peut-être pourrais-je repasser un peu plus tard? Mon patron a beaucoup insisté pour que ce colis lui soit remis en main propre…
-Je suis navrée, mais mademoiselle Garnier est très prise donc totalement imprévisible.
-Dans ce cas, je vous le confie. Céda-t-il en lui tendant un minuscule paquet.
-Il lui sera remis au plus tôt. Lui assura-t-elle pour clore la conversation. Mais Simon ne l’entendait pas de cette oreille.
-Ces jeunes femmes qui travaillent… Toujours débordées… Ce n’est pas évident pour les hommes qui partagent leur vie, n’est-ce pas? Comprenant où il voulait en venir, Consuelo lui répondit avec malice.
-Le mien ne s’en plaint pas. Il est plutôt ravi de ne pas m’avoir accrochée à ses talons toute la journée.
-Oui, oui, sans doute. Simon n’arrivait pas à bout de la résistance de Consuelo. Ou elle est stupide ou elle est très fine. Se dit-il dépité. Il repassa en esprit les instructions de Charles. Sur le moment, il les avait trouvées d’une simplicité enfantine. Mais face à Consuelo, elles se révélaient irréalisables. Il enrageait même s’il s’efforçait de n’en rien laisser paraître. Consuelo en était cependant consciente et riait sous cape. Son métier l’avait habituée à se faire une opinion de quelqu’un dès le premier regard. Ce n’était pas le premier gêneur à qui elle faisait barrage. Il feignit de consulter le bon de livraison pour se donner le temps de réfléchir à la manière de relancer la conversation. Sentant avec désespoir qu’il avait tari la source de son inspiration, il prit congés, maudissant Consuelo au passage. Elle le regarda partir et attendit que la portière de la camionnette de livraison ait claqué avant de refermer sa porte. Rarement, elle avait éprouvé une si grande antipathie envers un inconnu. Elle posa le paquet sur le petit meuble d’angle, décidée à mettre Laura en garde contre cet étrange livreur.

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