Elle obtempéra sans se faire prier...

Publié le par Sandrine

Elle obtempéra sans se faire prier, heureuse de pénétrer dans un univers clos dans lequel elle se sentait moins vulnérable qu'à l'air libre. Une femme poussa un cri horrifié, quelque part vers la sortie, donnant une brusque chair de poule à la jeune femme, de plus en plus perméable à l'ambiance morbide de cette nuit sans fin. Nathan engagea la voiture dans la direction d'où provenait la voix qui avait déchiré la nuit.
Il se gara à côté d'une femme d'une cinquantaine d'années, blanche comme un linge, tremblant des pieds à la tête. Nathan regarda droit devant lui. Effaré, il découvrit, accroché par un noeud coulant au portique qui signalait la sortie de l'aire de stationnement, un corps en décomposition avancée vêtue de loques poussiéreuses. Il se balançait, cynique, ballotté au gré du vent. Nathan redémarra dans une grande accélération.
"Cette femme a besoin d'aide! protesta la jeune femme.
- Il a raison, déclara Jacques d'une voix sourde. Ils sont des milliers à avoir besoin d'aide et nous ne sommes que trois. Je suis désolé de le dire, mais nous ne pouvons rien pour eux. Si nous voulons vraiment avoir une chance de faire quelque chose pour eux, il ne faut surtout pas perdre de vue notre objectif: rallier le quartier général en urgence! Nous n'avons pas de temps à consacrer à chacun d'entre eux!"
Nathan, au lieu de rejoindre le flot ininterrompu de voitures qui grossissait à chaque seconde sur l'avenue qu'ils venaient de quitter, prit la direction de Layguade et longea le bord de mer. Un attroupement s'était formé sur la plage: la foule semblait terrorisée par un phénomène que Marie-Anne ne put saisir. Ils croisèrent à nouveau une borne d'incendie détruite, mais s'il y avait bien une énorme flaque sur la chaussée, l'eau ne s'écoulait plus du trou béant.
"Trop tard! conclut Jacques d'une voix étouffée. Il est trop tard pour les avertir."
La jeune femme avait déjà rouvert sa Bible et ses yeux couraient sur le texte pour y débusquer une information qui put les éclairer.
"Et le septième répandit sa coupe dans l'air, alors, partant du temple, une voix clama: " C'en est fait". et ce furent des éclairs et des voix et des tonnerres, jamais on avait vu pareil tremblement de terre, aussi violent!", cita-t-elle. Là, j'avoue que je ne comprends pas. Comment peut-on déclencher des éclairs, le tonnerre et un tremblement de terre?
- Vous me décevez, Marie-Anne, répondit Nathan. Un phénomène lumineux intense, puis un bruit énorme qui ébranle et ravage tout autour de lui, ça ne vous parle vraiment pas?
- Oh, mon Dieu! s'exclama-t-elle.
- Une explosion! s'écria Jacques. Il faut impérativement faire évacuer la ville. Seules les plages sont sûres!
- Nous serons à la gendarmerie dans moins de cinq minutes, annonça Nathan. Faites que nous ayons un peu de chance!"
Hélas, elle s'était détournée d'eux et une énorme déflagration éclata, emplit l'air, déchira leurs tympans. Une fantastique lumière irradia quelques instants le ciel de jais et s'éteignit, replongeant le paysage dans l'obscurité et le silence.
"L'aéroport!", dit Jacques, désespéré de son impuissance.

Lire la suite: Nathan se gara sous l'enseigne: Gendarmerie Nationale.

Publié dans La Clef de sept

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