En prenant possession...

Publié le par Sandrine

En prenant possession de la modeste chambre d'hôtel mis à sa disposition, Marie-Anne se sentit soudain accablée de fatigue. Elle s'assit lourdement sur le rebord du lit recouvert d'un jeté à grosses fleurs pastel et resta immobile pendant un long moment, vide de toute pensée, s'imprégnant avec délice du calme reposant qui régnait.
Elle commençait à avoir mal à la tête mais elle savait que la cause de cette soudaine céphalée n'avait rien de physique et s'efforça courageusement de ne pas y prêter attention. Elle jeta un regard circulaire autour d'elle et se sentit inexplicablement rassurée par l'exiguïté de la chambre aux murs blancs qui donnait sur un pièce d'eau miniature et pas la simplicité du mobilier de pin blanc. Elle étendit langoureusement ses membres douloureux pour les détendre et, avec un soupir d'aise, se libéra enfin de ses sandales qu'elle jeta négligemment au pied du lit. Elle se leva et posa son poing fermé au creux de son dos pour soulager la tension qui s'y logeait pernicieusement. Elle se résolut à s'attabler au minuscule bureau et s'empara dans son sac à main d'un stylo et d'une vieille feuille de papier racornie et commença sans aucun enthousiasme à rédiger son article. Après une demi-heure de travail acharné, elle le relut lentement en se massant la nuque. Elle n'y décela rien qui put heurter le lecteur pointilleux au niveau de la forme et s'en déclara satisfaite, s'interdisant farouchement de penser aux énormités qu'il recelait autant qu'au ton fielleux dont il était imbibé. Elle composa le numéro de Roland, désireuse avant tout de se débarrasser au plus tôt de cette corvée et de passer à autre chose.
"Marie-Anne! s'exclama-t-il. Je suis enchanté que vous vous souveniez que vous avez un travail et des collaborateurs qui comptent sur vous... pour l'instant!
- Ecoutez, Roland, j'ai eu une longue, très longue journée, alors, sans vouloir vous offenser, je ne suis vraiment pas d'humeur à supporter sans ciller vos sarcasmes, pas ce soir! le coupa-t-elle immédiatement.
- Que vous est-il arrivé? Ca ne vous ressemble pas...
- Trois fois rien: mon appartement saccagé, inhabitable pour je ne sais combien de temps et un petit spectacle privé donné en mon honneur qui a bien failli me coûter la vie... Roland, il faut à tout prix que vous me rendiez un service...
- Tentez votre chance!
- Ce n'est pas de chance dont j'ai besoin, mais de votre coopération.
- Demande spéciale de la maréchaussée, j'imagine, maugréa-t-il.
- Non. Ils s'y opposent fermement, au contraire.
- Alors c'est d'accord. De quoi s'agit-il exactement?
- Je vais vous dicter un article, ce n'est ni plus ni moins qu'une bravade insultante destinée à les mettre hors d'eux...
- C'est quelque chose que vous maîtrisez parfaitement en temps normal... Vous vous exposez beaucoup trop, Marie-Anne. Je vais mettre Michel sur le coup. Un journaliste est un témoin, en aucun cas un protagoniste.
- C'est trop tard. Ils m'en veulent vraiment, maintenant.
- Dictez."
La jeune femme s'exécuta, peu fière de la résolution qu'elle avait prise au mépris de toute éthique la plus élémentaire. Elle raccrocha sur la promesse de rester prudente qu'elle fit du bout des lèvres en croisant les doigts derrière son dos.

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Publié dans La Clef de sept

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