Encore ébranlé par ce qu’il venait de subir...

Publié le par Sandrine

Encore ébranlé par ce qu’il venait de subir, Sébastien dut s’accorder quelques minutes pour faire le calme dans son esprit avant de se remettre au travail.
Maxime avait raison: seule la parution de ce livre pourrait les sortir du guêpier dans lequel ils s’étaient fourrés. Alors qu’il essayait de se concentrer, une image traversa brusquement ses pensées et fit apparaître un sourire sur son visage. Un homme préhistorique aidé de deux ou trois comparses achevaient un mammouth à l’entrée d’une grotte. Alors qu’il prenait appui de sa main ouverte sur la paroi de pierre, l’un d’eux sectionna la jugulaire de l’animal et un puissant jet sanglant l’aspergea dans l’hilarité générale. Il retira sa main du mur pour s’éloigner et s’aperçut avec stupéfaction qu’une empreinte en négatif restait imprimée sur la roche. La colère étant parfois bonne conseillère, il eut une idée lumineuse pour se venger de l’affront qu’il venait d’essuyer. Il se tourna vers eux et répliqua avec autorité:
«- Vous feriez bien de vous excuser immédiatement si vous ne voulez pas avoir à faire à l’esprit du mammouth qui a inscrit sa marque dans la pierre!» Un tremblement de terre se déclencha à ce moment précis et une pierre se détacha de la montagne, écrasant l’un de ceux qui s’était moqué du premier prêtre que l’histoire ait jamais connu. Terrorisés, les autres se prosternèrent devant l’imposteur lui-même incrédule devant cette chance insolente. Et voilà comment les religions virent le jour… Un opportuniste venait tout simplement d’inventer le plus sûr moyen d’asservir son prochain! Sébastien dirigea ses pensées sur le cadavre du malheureux plaisantin. La communauté scientifique considérait que le sentiment religieux ou celui d’une survivance de l’âme au corps était apparue avec l’ensevelissement des dépouilles humaines en position fœtale. Si l’on excluait toute idée de religion, quelle raison aurait pu pousser les premiers hommes à agir de la sorte? Se demanda-t-il. Soudain, la réponse, évidente, s’imposa à lui. En premier lieu, ils enterraient leurs morts pour ne pas être incommodés par l’odeur des corps en décomposition et pour ne pas s’exposer aux attaques de prédateurs par l’odeur alléchés. Mais pourquoi en position fœtale? Tout simplement parce qu’un corps recroquevillé prend moins de place qu’un corps allongé et que le trou à creuser est de moindre importance. C.Q.F.D! S’exclama-t-il intérieurement. Ses yeux se posèrent sur la Bible et il pensa soudain qu’il avait oublié d’éclaircir un point important de la Genèse: le déluge. Il se servit généreusement dans la bibliothèque de Maxime et tâcha d’élaborer une explication sans faille. Maxime, oubliant de frapper à la porte, entra dans le bureau. Son visage couleur de cendre et ses lèvres pincées alertèrent Sébastien.
«- Que se passe-t-il?
- Ils ont trouvé un moyen de neutraliser Valérie…
- Lequel?
- Elle est impliquée dans le meurtre de ma secrétaire. Elle a tout intérêt à disparaître.
- Pourquoi ne l’appelles-tu pas pour t’expliquer une bonne fois?
- Je coirs que tu m’as mal compris: Valérie est vraiment impliquée dans la mort de ma secrétaire. J’ai rendez-vous au commissariat dans une heure.
- Que vas-tu leur dire?
- Dans la mesure du possible, la vérité.
- Je ne comprends pas. Si c’est vraiment une professionnelle, comment a-t-elle pu laisser le moindre indice derrière elle?
- Pour l’instant, je n’en sais pas plus que toi. Il vaut mieux que tu boucles ton manuscrit avant que nous ne devenions tous fous.
- Je te jure que je n’ai aucune envie de folâtrer.
- Si tu as besoin de quoi que ce soit…
- Tout va bien, Max. On a presque fait la moitié du chemin.
- Ca ne me rassure pas plus que ça.» Lui dit-il dans un soupir.

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