Face à la porte d'entrée...

Publié le par Sandrine

Face à la porte d'entrée, un homme jeune, les cheveux blancs, vêtu d'une longue soutane blanche serrée à la taille par une ceinture dorée, un poignard dont la lame pointait vers eux fichée dans la bouche, tenant dans sa main droite une guirlande de sept étoiles, entouré de sept chandeliers dorés, dardait sur eux un regard de feu, dû à ses étranges iris orange.
"Nom de Dieu!", s'exclama-t-il, époustouflé.
Il s'apprêtait à faire un pas en avant mais Jacques entrava le passage de son bras tendu.
"Non! Ne..."
Surpris, Nathan trébucha et posa son pied devant lui pour se rétablir. Instantanément, le déclenchement d'un mécanisme se fit entendre.
"Oh, merde!", ragea-t-il.
Une odeur nauséabonde se répandit dans l'appartement, les prenant à la gorge, brûlant leurs poumons, enflammant leurs bronches et leurs yeux.
"Du soufre! s'écria Marie-Anne. Il faut sortir d'ici!"
Elle se retourna vers la porte mais celle-ci claqua et demeura close quels que furent ses efforts désespérés pour l'ouvrir.
"On est pris au piège! s'affola-t-elle.
- Prenez ce que vous avez sous la main et couvrez-vous la bouche et le nez! leur ordonna Nathan. Contraignez-vous à respirer calmement ou vous en inhalerez davantage."
Tous trois tentaient vainement de maîtriser leur souffle précipité par la peur et de garder leurs yeux ouverts malgré l'irritation insupportable qui les endolorissaient. Un bruit de soufflerie se mit en route, faisant sursauter Marie-Anne qui s'accrocha instinctivement au bras de Nathan. Peu à peu, la fumée âcre qui révulsait leurs estomacs s'estompa. Prenant brusquement conscience de son geste, la jeune femme s'éloigna vivement. Et reposant son pied par terre, elle sentit quelque chose de visqueux s'insinuer entre ses orteils mis à nu par ses sandales à lanières. Elle baissa la tête pour savoir de quoi il s'agissait et, d'effroi, enfonça ses doigts dans le bras de Nathan qu'elle avait agrippé de nouveau. Les mâchoires du gendarme se serrèrent sous la douleur des ongles qui s'enfonçaient dans sa chair et il suivit le regard de Marie-Anne pour comprendre ce qui la terrorisait à ce point.
"Du sang! gémit-elle.
- J'en doute. C'est trop fluide, constata Jacques.
- Mais qu'est-ce qu'ils sont en train de nous faire? s'interrogea Nathan à voix haute.
- L'Apocalypse de saint Jean! réalisa la journaliste.
- Pardon?
- Tout ceci est une mise en scène de l'Apocalypse de saint Jean. Les sept candélabres, les sept étoiles...
- Auriez-vous une idée de la suite des réjouissances? lui demanda Jacques, acide.
- Navrée de vous décevoir mais je suis une piètre grenouille de bénitier et mes notions d'éducation religieuse se bornent à de vagues souvenirs! s'emporta-t-elle. Excusez-moi.
- Ce n'est pas après vous que je suis en colère.
- As-tu ton portable sur toi? demanda brusquement Jacques à Nathan.
-Oui. C'est tellement simple que je n'y ai pas pensé!"
Il se livra fébrilement à quelques manipulations avant de renoncer avec une moue de dégoût.
"Pas de réseau... expliqua-t-il, laconique.
- Ils ont vraiment pensé à tout!
- Nom d'un chien! hurla Marie-Anne, blanche de terreur en fixant un point mouvant à trois pas d'elle.
- Du cran! lui intima Jacques en la saisissant aux épaules.
- La prochaine étape... les sauterelles et les scorpions! murmura-t-elle, paralysée par la panique.
- Elle a raison! confirma Nathan, ébahi. Ils ont mis tous les moyens en oeuvre pour...
- Nous terroriser avant de nous tuer.", termina Marie-Anne.
Nathan s'empara de l'un des candélabres et entreprit méthodiquement d'écraser les scorpions. Le voyant sur le point d'être submergé par le nombre des insectes qui grouillaient autour d'eux, Jacques l'imita. La journaliste, les yeux dans le vague, semblait extérieure à la situation. Subitement, elle hurla de toutes ses forces " A terre!", tout en s'y jetant elle-même. Les deux hommes lancèrent leurs armes improvisées et plongèrent sur le carrelage maculé de faux sang et de corps d'insectes déchiquetés. Quatre immenses flammes surgirent des quatre murs entre lesquels ils étaient reclus et embrasèrent la pièce, crépitant à quelques centimètres de leurs corps recroquevillés, léchèrent furieusement leurs vêtements avant de disparaître comme par enchantement. Un déclic brisa le silence de plomb qui venait de s'abattre. Nathan se releva d'un bond puissant et se jeta sur la porte qu'il tira violemment à lui et qui s'ouvrit cette fois sans difficulté. Jacques se redressa à son tour, empoigna le bras de Marie-Anne et la projeta dehors avant de s'y précipiter lui-même et d'attirer Nathan qui maintenait la porte ouverte.

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Publié dans La Clef de sept

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