Guillaume avait toujours su...

Publié le par Sandrine

Guillaume avait toujours su au plus profond de lui qu’il ferait de grandes choses. Il regardait avec une extrême fierté l’étendue de ses réalisations. Il s’était battu comme un beau diable pour arriver à un tel résultat et se flattait d’avoir réussi un exploit peu souvent égalé avant lui…
Aujourd’hui, à l’âge de soixante cinq ans, il se sentait serein mais aspirait à se retirer des affaires pour jouir avec son épouse d’une retraite bien méritée. Il ressentait néanmoins une seule source d’insatisfaction et non des moindres: elle lui avait échappé et il n’avait à présent que peu de chances de reprendre un quelconque ascendant sur elle bien qu’elle représentât une menace potentielle. Pour la première fois de son existence, il devrait se fier à la chance, en laquelle il n’avait guère confiance. Il sentait en Charles un successeur fiable et consciencieux. Mais demeurait un ombre au tableau de ce candidat idéal: la faiblesse qu’il avait eu envers elle. Il la concevait d’autant mieux qu’elle risquait de lui coûter cher à lui aussi mais ne pouvait de fait être totalement sûr de cet homme. Il lui fallait pourtant se décider au plus vite. L’organisation ne pouvait rester sans chef indéfiniment, chaque cellule agissant comme un électron libre au risque d’entraîner à la moindre erreur toutes les autres dans une fatale réaction en chaîne.Charles était sur les nerfs depuis la soirée organisée par Guillaume. «Il m’en veut. Il met en doute mes capacités à diriger l’organisation. Il ne me l’a pas dit ouvertement mais il me reproche ce qui s’est passé avec la fille. Il n’a pas été fichu de régler le problème lui-même et il m’en veut de ne pas l’avoir fait à sa place. C’est pour ça que je n’ai pas de nouvelles, j’en suis sûr.
-Il vaut mieux ne pas s’énerver et attendre sa réponse ici. Si tu n’as pas de nouvelles, c’est uniquement qu’il n’a pas encore pris sa décision. Rien n’est joué.» Suggéra Simon. Il se détourna sous son regard méprisant. Il était assis au bord du lit, une cannette de bière à la main. «L’attente me tue. Je sais que j’ai les épaules pour le remplacer et je suis à sa merci, coincé ici à ne rien faire. Ca me rend fou!» Deux semaines plus tard, un appel leur parvint. Lorsque Charles raccrocha, il regarda intensément Simon. Son visage et son regard étaient radieux. «C’était lui. Il m’a choisi. Nous devons aller le voir pour qu’il me mette au courant de tout.» Simon s’apprêtait à lui taper l’épaule en signe de congratulations, puis suspendit son geste et s’éloigna. A son brusque changement d’expression, Simon comprit qu’il valait mieux le laisser seul. Il avait le même regard flou chaque fois qu’il pensait à elle.

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