Incapable de dormir, Marthe...

Publié le par Sandrine

Incapable de dormir, Marthe, rongée par la nostalgie des jours heureux, du moins l’avait elle cru à l’époque, feuilletait les albums de photos. Elle ressentait un vide cruel que rien ne pourrait plus combler.
Elle avait tout perdu. Elle entendit soudain une voiture accélérer brutalement, un choc sourd et des pneus qui crissaient. Se levant d’un bond, elle ouvrit la porte à la volée et se précipita dans la rue éclairée par des réverbéras à la lumière jaune. Elle distingua une masse sombre étendue au milieu de la route. Elle s’en approcha, s’agenouilla et appela l’homme allongé à plusieurs reprises, en vain. Elle mit sa main devant ses narines et ne sentit aucun souffle. Elle posa ses doigts sur le cou de l’accidenté mais malgré toute sa concentration ne perçut aucun pouls. Elle se releva vivement et courut jusqu’au salon d’où elle alerta les pompiers. Ces-derniers avaient averti la gendarmerie et la rue se colora de rouge et de bleu en quelques secondes. Marthe vit les pompiers hisser l'homme sur un brancard, l'examiner soigneusement et le recouvrir entièrement d’un drap: il était mort. Marthe retourna s’asseoir calmement. Décidément, la mort rôdait près d’elle ces temps-ci. Elle avait frappé dans sa famille et fauchait les passants devant sa maison. Inconsciemment, elle sourit. Ne fais pas tant de manières, lui dit-elle in petto. Viens. Je suis prête. J’ai vécu le meilleur comme le pire et je me sens vieille. Tu ne m’effraies pas. Une main se posa sur son épaule et la tira de sa rêverie. Evidemment, ce n’était pas celle qu’elle attendait. Elle soupira et leva la tête. Un gendarme lui faisait face. La vue de l’uniforme la fit frissonner.
«- Excusez-moi, Madame. Je voudrais savoir si vous connaissez la victime.
-Je ne sais pas. Je n’ai pas vu son visage. Il était face contre terre et je n’ai pas osé le déplacer.
-Accepteriez-vous d’aller jeter un œil pour savoir s’il s’agit de quelqu’un du voisinage? Il n’a sur lui aucun papier qui nous permette de l’identifier pour prévenir sa famille…
-Bien sûr.» D’un pas las, elle le suivit. Le gendarme lui demanda son accord du regard et elle hocha positivement la tête. Il souleva le drap et le rabattit au niveau de la gorge du corps. Marthe plissa les yeux. Il lui semblait... Elle approcha son visage de la chevelure de l'homme et s'intéressa à ses racines. Mais oui! Il était teint.
«- Je le connais, en effet. Il s’agit de Gérard, un ami de mon mari.
-Connaissez-vous son nom de famille?
-Non. Mon mari l’a invité deux ou trois fois à boire l’apéritif mais je n’en sais pas plus. Je suis navrée.» Marthe, pensive, regagna son domicile. Elle se souvenait de cet homme essentiellement grâce à la profonde aversion qu’elle avait éprouvé dès que ses yeux s’étaient posés sur lui. Sans raison, elle se souvint de l’attitude étrange de Laura lors des rares fois où il était venu. Elle semblait se méfier de lui et, systématiquement, s’il se trouvait à un bout du séjour, Laura se rendait à l’autre bout. Un sourire mauvais étira les lèvres de Marthe. Justice venait d’être faite.

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