Jacques revint chargé de trois gobelets de café...

Publié le par Sandrine

Jacques revint chargé de trois gobelets de café. Marie-Anne et Nathan, totalement absorbés par leurs réflexions, n'avaient pas échangé le moindre mot.
"Quel était leur but, ce soir, selon vous? lui demanda-t-il en déposant le gobelet devant elle.
- Je ne crois pas qu'il ait été clairement défini à mon sujet... se faire de la publicité en tout état de cause...
- Pas défini? répéta Nathan, sortant brusquement de son mutisme.
- Soit je mourais et ils se débarrassaient d'une fouineuse, soit je m'en sortais et, impressionnée, je me lançais dans des articles fleuves.
- Et c'est précisément ce qui va se passer, n'est-ce pas? dit Nathan en la fouillant de son regard pénétrant.
- Non. Vous n'avez aucune subtilité.
- Et vous en avez à revendre! Surtout en ce qui concerne les imbécillités! Vous être jetée aveuglément dans la gueule du loup n'était pas de la subtilité mais de la stupidité! Alors qu'allez-vous encore bien pouvoir inventer? lui demanda-t-il en la fusillant du regard à présent.
- Je vais tout bonnement les provoquer. S'ils perdent leur sang-froid, ils commettront peut-être une erreur que vous pourrez exploiter pour remonter jusqu'à eux...
- Vous êtes vraiment inconsciente! hurla-t-il en se levant d'un bond et en commençant à arpenter furieusement la pièce de long en large. Puis, se plantant devant elle, il l'attrapa par les épaules et la secoua vigoureusement.
- Réveillez-vous, Marie-Anne! Ce sont des tueurs, pas des enfants de choeur!
- Je le sais aussi bien que vous, rassurez-vous, répondit-elle calmement en fichant son regard assombri mais résolu dans le sien. Si vous avez une meilleure idée, ne vous gênez pas, je suis ouverte à toute proposition...
- Non! Si vous vous entêtez à persister dans cette folie, je m'arrange par n'importe quel moyen pour vous coller au trou! C'est bien clair dans votre petite cervelle?", siffla-t-il, glacial.
La jeune femme lui répondit par un sourire sardonique qui acheva de l'exaspérer. Fou de rage, il la relâcha brusquement et sortit en claquant la porte derrière lui. Un retentissant " Punaise, va!" leur parvint nettement malgré la porte close qui se rouvrit presque aussitôt sur le lieutenant.
"On peut savoir ce qui se passe encore ici? Ce n'est plus une gendarmerie, c'est un asile d'aliénés!
- Vous n'êtes pas si éloigné de la vérité que vous le pensez, soupira Jacques.
- Expliquez-vous avant que je ne prenne des mesures pour vous remettre les idées en place!"
Le lieutenant écouta le récit de Jacques d'une oreille attentive, sa mine s'assombrissant à mesure qu'il progressait dans l'inconcevable.
"Quelle galère!", conclut-il en se passant la main dans les cheveux.
Il regarda sa montre.
" Il est tard, les nerfs sont à vif et les cerveaux saturés, nous ne ferons rien de bon ce soir. Je réserve immédiatement une chambre d'hôtel pour mademoiselle, vous l'y déposerez et je ne veux plus vous voir jusqu'à demain midi, mais je vous veux tous les trois ici frais et dispos pour tâcher sérieusement d'y voir plus clair dans ce sac de noeuds invraisemblable."

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Publié dans La Clef de sept

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