Jésus et les disciples contemplaient ...

Publié le par Sandrine

Jésus et les disciples contemplaient pensivement le temple où s’était déroulée la joute verbale qui avait bien failli tourner au désavantage de celui-ci.
«- C’est tout de même une construction majestueuse… Remarqua Pierre, admiratif.
- Tu vois tout cela? Lui répondit Jésus en embrassant le paysage d’un geste large de la main. Pierre acquiesça silencieusement.
- En vérité je te le dis, malgré les années de travail et les efforts déployés par la prétention humaine, il ne restera pas ici pierre sur terre qui ne soit jetée bas.» Judas ne put s’empêcher de frémir devant la volonté destructrice de Jésus. Depuis qu’il l’avait rencontré, il ne pouvait s’empêcher de remarquer quel mépris cet étrange prophète opposait à tous. Cet homme n’était que haine et il espérait que le moment serait bientôt venu d’en débarrasser l’humanité. Il le suivit jusqu’au mont des oliviers et s’assit face à lui sous un splendide palmier.
«- N’oubliez pas que vous devez répandre la bonne nouvelle dont je suis le messager. N’hésitez pas à insister sur l’imminence de la fin du monde. La peur a toujours rendu les gens plus enclins à écouter qui se propose de les sauver. Veillez à ce que personne n’usurpe mon nom et mon message. Vous seuls en êtes les dépositaires… Judas faisait couler une poignée de gravillons entre ses doigts, n’accordant qu’une oreille distraite aux paroles de celui qui se voulait son maître.
- On se dressera nation contre nation et royaume contre royaume Il y aura par endroits des famines et des tremblements de terre. Et tout cela ne fera que commencer les douleurs de l’enfantement. Judas releva la tête.
- Mais, maître, c’est notre quotidien que tu nous décris là. Quel sera le signe infaillible qui nous permettra de reconnaître à coup sûr le moment de ton avènement? Lui demanda-t-il cyniquement, s’attirant les regards noirs des onze autres qui ne le supportaient que par égard à Jésus qui leur avait assuré que cet homme avait une importance capitale pour leurs projets.
- Quelle hâte, Judas! Répliqua ironiquement Jésus. Laisse-moi parler et tu sauras quel signe révélera mon investiture dans le royaume des cieux. Alors on vous livrera aux tourments et on vous tuera, vous serez haïs de toutes les nations à cause de mon nom. Reprit-il en fixant Judas droit dans les yeux. Et alors beaucoup succomberont, ce seront des trahisons et des haines intestines.
- Maître, l’interrompit Judas, puisque ton sacrifice sert à absoudre l’humanité de ses péchés, pourquoi d’autres doivent-ils mourir en ton nom? Ton père devait mettre tes ennemis sous tes pieds, c’est un fait, mais pourquoi s’en prendrait-il à tes alliés?
- Si la coupe que je te propose est trop amère à ton goût, Judas, tu peux encore la refuser. Rétorqua Jésus, cinglant. Judas, souriant, nia mollement.
- Quelle hâte, Judas! Répliqua ironiquement Jésus. Laisse-moi parler et tu sauras quel signe révélera mon avènement dans le royaume des cieux. Alors, on vous livrera aux tourments et on vous tuera, vous serez haïs de toutes les nations à cause de mon nom. Et alors beaucoup succomberont, ce seront des trahisons et des haines intestines.
- Maître, l’interrompit Judas, puisque ton sacrifice sert à absoudre l’humanité des péchés, pourquoi d’autres doivent ils mourir en ton nom? Ton père devait mettre tes ennemis sous tes pieds, c’est un fait, mais pourquoi s’en prendrait-il à tes alliés?
- Si la coupe que je te propose est trop amère à ton goût, Judas, tu peux encore la refuser. Rétorqua Jésus, cinglant. Judas, souriant, nia mollement.
- Il n’en a jamais été question, maître. Il s’agit simplement pour moi de comprendre parfaitement ce que tu dis afin de pouvoir répondre aux objections des incrédules. Jésus se contenta d’un vague hochement de tête et, sans répondre à la question que Judas lui avait posée, reprit son discours.
- De faux prophètes surgiront nombreux et abuseront bien des gens. Ajouta-t-il ne plongeant son regard dans celui de Judas qui l’incita à poursuivre d’un geste de la main. Jésus, conservant son sang froid, reprit.
- Par suite de l’iniquité croissante, l’amour se refroidira chez le grand nombre. Mais celui qui aura tenu bon jusqu’au bout, celui-là sera sauvé.
- Excuse mon incompréhension, mais de quel bout parles-tu?
- Les tentations et les dangers sont choses terrestres, celui qui quittera cette terre sans avoir failli, celui-là sera sauvé.
- Je suis navré, maître, mais les gens vont s’étonner qu’on leur explique que leur vie ne sera pas améliorée par leur foi car ils se souviennent qu’au temps de nos ancêtres, Dieu intervenait de leur vivant pour leur venir en aide. La vie aurait-elle moins de valeur que la mort?
- La mort n’est qu’une transition, Judas. Répondit-il, agacé, avant de reprendre. Cette bonne nouvelle du royaume sera proclamée dans le monde entier, en témoignage à la face de toutes les nations. Et alors, viendra la fin.
- Ne serait-il pas plus positif de parler de début? Nota Judas.
- Pas pour faire plier ceux qui gisent au pouvoir du méchant.» Jésus se leva et regagna la ville. Judas, qui marchait derrière lui, ne put réprimer un frisson. Il avait l’étrange sensation, auprès de cet homme, de côtoyer les plus bas instincts humains: contestation systématique de la Loi, pervertissement du message des prophètes, sacrifice humain programmé, discours permanent de mort et de destruction, il sentait qu’un gouffre à la noirceur insondable s’ouvrait sous ses pieds et la peur qu’il éprouvait menaçait de gréver sérieusement sa raison et de le faire se précipiter lui-même dans d’infernales abysses. Jésus, qui sentait le regard de Judas peser sur ses épaules, ralentit le pas et attendit qu’il se trouve à sa hauteur.
«- Tu réfléchis trop. Que n’acceptes-tu comme les autres le message tel qu’il est? Ta résistance ne fait souffrir que toi.
- Je crois que je commence à comprendre ton message… Ca ne m’apporte aucun réconfort et je me demande pourquoi tu lui accordes le titre de bonne nouvelle…
- La résurrection des morts, la fin des souffrances et la rémission des péchés ne sont-elles pas de bonnes nouvelles?
- La vie, c’est le désir, le désir, la souffrance et la vie éternelle, la souffrance éternelle: en quoi ton paradis vaut-il mieux que la géhenne de Moïse? Les maux humains sont les manifestations de leur conscience, l’homme sans conscience n’est qu’un animal bien éloigné du projet divin. La rémission de péchés, c’est la liberté de pécher davantage, quelle utilité d’avoir mangé du fruit de la connaissance du bien et du mal si ces deux notions fusionnent et s’annihilent?
- Tu es bien plus avancé sur la voie de la vérité que tu ne le penses, Judas… Je suis venu pour vous révéler l’essence divine. Dieu est l’alpha et l’oméga. Que l’homme réalise en lui la fusion du bien et du ma let la liberté est à lui. Si Dieu vous a interdit de manger du fruit défendu, c’était pour éviter d’inutiles souffrances à ses enfants humains.
- Mais le bien sans le mal, c’est le néant! L’homme n’est pas fait pour le néant mais pour la vie et la création.
- Homme buté, la véritable liberté, c’est l’acceptation totale. La plus grande des libertés, c’est celle de ne plus choisir. Que ne t’en remets-tu au guide divin plutôt que de t’imposer d’infinies tortures!» Judas nia silencieusement et pressa le pas. Non, décidément, il ne pouvait accepter cette doctrine, chaque fibre de son être se révoltait à l’idée de voir sa volonté dissoute à jamais dans une volonté omnipotente et omnisciente finalement étrangère. Décidément, Jésus n’avait rien de commun avec les prophètes antérieurs et bien au-delà des intentions purement humaines qu’il avait décelées, la philosophie de cet homme le révulsait profondément. Il fallait à tout prix qu’il disparaisse avant que ses idées néfastes ne se répandent et n’asservissent l’humanité entière.

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