Judas se déplaçait précautionneusement dans l’obscurité...

Publié le par Sandrine

Judas se déplaçait précautionneusement dans l’obscurité, prenant garde à ne pas éveiller l’attention des apôtres demeurés au pied du mont des oliviers. Des voix attirèrent son attention et il s’en approcha jusqu’à ce qu’elles soient distinctes.
«- Seigneur, que cette coupe est amère! Suis-je vraiment obligé de la boire? Judas reconnut la voix de Jésus et identifia celle de Marie, sa mère, qui lui répondait.
- Tu sais bien que c’est indispensable. Le maître a été catégorique: c’est immonde mais tu dois la boire jusqu’à la dernière goutte. D’ici quelques heures tu ne sentiras plus ton corps et rien de ce que les soldats ou les prêtres te feront ne t’atteindra.» Quelques minutes de silence s’écoulèrent avant que ne s’élève à nouveau la voix de Jésus.
«- Oh, mon Dieu, que c’est amer! Qu’a-t-il mis dans cette coupe?
- Cesse de faire l’enfant! Le rabroua Marie. Ce qu’elle contient va ralentir tes fonctions vitales jusqu’à te faire paraître mort. C’est un savant mélange de mandragore et de passiflore. Bouche-toi le nez si ça t’amuse mais avale-la.» Poursuivit-elle, intraitable. A nouveau, le silence s’abattit sur le petit groupe plongé dans le noir. Une fois de plus, Jésus gémit.
«- Encore une coupe! Ca n’aura donc jamais de fin?
- C’est la dernière. Tais-toi un peu ou quelque un va venir voir ce qui se passe et c’en sera fait du miracle de la résurrection du fils de l’homme…» Judas jeta un regard circulaire autour de lui et aperçut des lumières vacillantes. Se moquant soudain d’être découvert, il s’élança au pas de course dans leur direction. Percevant un souffle saccadé et un froissement d’étoffe à quelques pas de lui, il tourna la tête et devina la silhouette de Marie qui s’enfuyait. Il rejoignit finalement le groupe de prêtres et de soldats et le jeune homme tapota amicalement son épaule quand il fut arrivé à sa hauteur. Jésus et les onze disciples leur faisaient face, impassibles. Jésus s’avança vers le groupe.
«- Qui cherchez-vous? Leur demanda-t-il.
- Jésus le Nazaréen. Lui répondit un soldat.
- C’est moi.» Le soldat s’avança pour le saisir mais il n’avait pas fini son geste que Pierre, armé d’un glaive, lui trancha l’oreille. Le soldat recula en hurlant tandis que d’autres s’emparaient de Jésus et désarmaient Pierre. Le jeune prêtre se porta au secours du soldat et lui prodigua les premiers soins.
«- Est-ce ainsi que tu prêches? Le glaive est donc ton seul argument? L’interpella Judas.
- Ainsi, tu as fait ton office…
- Ne joue pas à ça avec moi! Répliqua-t-il cassant. Tu étais condamné bien avant mon intervention et je n’ai pas eu à dire un mot contre toi.
- Allons, ami, tu as fait ce que tu avais à faire, c’est tout.
- Je n’ai rien fait alors que j’aurais dû agir depuis longtemps.» Le jeune prêtre s’interposa entre eux et éloigna Judas.

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