Judas, stupéfait, vit Jésus se lever de table...

Publié le par Sandrine

Judas, stupéfait, vit Jésus se lever de table, l’air grave, prendre cérémonieusement un linge, s’en ceindre et verser lentement de l’eau dans un bassin. S’agenouillant devant Pierre, ébahi, il entreprit de lui laver les pieds. Pierre eut un mouvement de recul indigné.
«- Non, maître! Ce n’est pas à toi de faire ça, mais plutôt l’inverse.
- Ce que je fais, tu ne le sais pas à présent, par la suite, tu comprendras.» Lui répondit-il d’un air sentencieux qui arracha un sourire à Judas qui trouvait son propos d’une banalité affligeante. Pierre retira vivement son pied que Jésus tenait entre ses mains et répartit.
«- Non! Tu ne me laveras pas les pieds, jamais! C’est une tâche de serviteur.
- Si je ne te lave pas, tu n’es pas des miens.
- Seigneur, pas seulement les pieds mais aussi les mains et la tête! S’exclama-t-il alors, plaisantant et déclenchant l’hilarité des onze autres.
- Qui s’est baigné n’a pas besoin de se laver, il est pur tout entier. Vous aussi, vous êtes purs, mais pas tous. » Poursuivit-il avec un regard en coin à l’adresse de Judas, imperturbable, bien qu’il comprit immédiatement ce que Jésus tentait de faire et se contraignit au calme. Il lui parlerait plus tard mais il ne perdait rien pour attendre. Jésus reprit tranquillement sa place à table et entreprit de leur expliquer son geste.
«- Comprenez-vous ce que je vous ai fait? Comme à son habitude, il ne leur laissa pas l’occasion de répondre avant de poursuivre. Vous m’appelez maître et seigneur et vous faites bien, car je le suis. Judas haussa un sourcil dédaigneux devant la prétention de celui qui se définissait comme le roi humble annoncé par les écritures. Si donc je vous ai lavé les pieds, moi, le seigneur et le maître, vous devez vous laver les pieds les uns aux autres car c’est un exemple que je vous ai donné, pour que vous le fassiez, vous aussi, comme moi j’ai fait pour vous. En vérité, je vous le dis, le serviteur n’est pas plus grand que son maître, ni l’envoyé plus grand que celui qui l’a envoyé. Sachant cela, heureux êtes-vous si vous le faites. Ce n’est pas de vous tous que je parle à présent, je connais ce que j’ai choisis, mais il faut que l’écriture s’accomplisse: celui qui mange mon pain à levé contre moi son talon.» Annonça-t-il en désignant à nouveau Judas du regard. Ulcéré cette fois, il se leva et sortit. Il s’adossa au mur de la maison et s’absorba dans la contemplation du ciel étoilé pour retrouver son sang froid. Alors que Jésus lui avait demandé son concours, il le désignait ouvertement comme traître à ses acolytes dont l’attitude à son égard ne laissait planer aucun doute quant à leurs intentions à son égard. Intérieurement, il salua l’intelligence de celui qui, bien qu’il ait devine le but de son ralliement à leur cause, avait retourné la situation à son avantage. Il fallait qu’il témoigne et seules quarante huit heures le séparaient d’une issue fatale pour Jésus comme pour lui. Le combat qui jusque là n’était que larvé éclatait au grand jour et les armes étaient nettement disproportionnées. Il avait bien évidemment rigoureusement consigné chaque étape de ce qu’il considérait comme un vil asservissement spirituel et dont il avait eu la chance de vivre la genèse contrairement aux autres mouvances religieuses qu’il avait étudiées, mais que valait ce manuscrit si personne n’en prenait jamais connaissance? Il ne lui restait que quarante huit heures pour le mettre en sécurité. C’était à la fois trop et trop peu.

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