La nuit était tombée depuis quelques heures déjà quand elle entendit ...

Publié le par Sandrine

La nuit était tombée depuis quelques heures déjà quand elle entendit des sirènes hurler et des cris guerriers retentir sur le parking. A nouveau, jeunes du quartier et forces de l’ordre s’affrontaient. Un bus passa et elle crut perdre la raison.
Sans vraiment savoir ce qu’elle faisait, elle enfila rapidement une veste de laine et dévala l’escalier. Lorsqu’elle poussa la porte aux vitres cassées du hall, une seule pensée l’animait: que tout cela cesse et que jamais ne se reproduise le drame qui la frappait. Ignorant les avertissements d’un C R S, elle se dirigea droit sur la horde de jeunes.
«- Hé, maman, rentre chez toi ou tu vas prendre un mauvais coup! Lui lança un gamin à peine plus âgé que Gauthier. Folle de rage, elle le gifla avant de se mettre à crier:
- Je suis la mère de Gauthier et je ne vous permets pas de perpétrer de tels actes en son nom! Rentrez chez vous immédiatement!» Pendant quelques secondes, un silence de mort s’abattit sur le parking.
«- Ils ont tué ton fils et c’est comme ça que tu le défends! L’invectiva le gamin.
- Je ne te permets pas de me parler sur ce ton! Gauthier a fait une énorme bêtise et il a payé le prix fort pour ça. Si vous étiez un peu intelligents, vous rentreriez sagement chez vous. Est-ce que les familles de gens que vous avez blessées sont ici ce soir pour vous faire payer ce que vous leur avez fait, elles? S’emporta-t-elle, hors d’elle.
- Ils n’ont pas besoin de se salir les mains, les flics font le sale boulot à leur place! Eructa le gamin qu’elle avait giflée. D’ailleurs Gauthier n’a rien fait du tout et vous devriez en être persuadée, vous qui êtes sa mère!
- Je t’interdis de me parler de la sorte et je doute fort que le commissaire se soit amusé à me mentir quand il m’a dit que Gauthier avait un cocktail Molotov à la main quand il est mort!
- Il s’est bien moqué de vous: Gauthier avait les mains vides quand ils l’ont descendu comme un chien! Lui jeta-t-il. Samira le dévisagea et ne sut que penser: le petit avait l’air sincère.
- Et évidemment, vous non plus n’avez rien à vous reprocher! Le provoqua-t-elle.
- Nous étions sous le porche là-bas quand ça s’est passé! Protesta-t-il en désignant un point bien au-delà de l’endroit où Gauthier s’était écroulé. Il a dit qu’il avait promis à quelqu’un de surveiller sa voiture ce soir-là et il est allé leur parler. C’est à ce moment-là qu’ils l’ont abattu.» Atterrée, Samira porta une main à son front. Ce garnement avait réussi à la troubler et elle ne parvenait pas à faire le point.
«- Si tu veux vraiment que je te croies, fais un geste. Rentrez chez vous dans le calme et passez me voir demain après-midi pour me raconter tout ça.» Les jeunes se consultèrent du regard et acquiescèrent. Sans un mot de plus, Samira rentra chez elle. Au silence qui régnait quand elle s’assit dans le vieux canapé brun, elle sut que les enfants avaient accepté le marché qu’elle leur avait proposé. Elle nia de la tête. Comment pouvait-elle croire ce que lui avait affirmé cet adolescent? Personne dans la cité n’aurait jamais offert cinq mille euros à un gamin simplement pour surveiller une voiture! La plupart des habitants n’en avaient tout simplement pas les moyens. Quant aux autres, leur réputation de mauvais garçons suffisait à éloigner les vandales potentiels. Il était plus probable que le petit ait voulu tout simplement justifier leur violence gratuite en disculpant Gauthier… Et pourtant, elle avait la quasi certitude qu’il ne lui avait pas menti! Pas plus, dans le fond, que Gauthier quand il lui avait affirmé qu’il ne faisait rien de répréhensible! Elle soupira, désespérée. Il lui fallait se rendre à l’évidence: elle n’était plus en état de discerner ce qu’il fallait croire de ce qu’elle voulait croire.

Commenter cet article