La première partie de la semaine...

Publié le par Sandrine

La première partie de la semaine s’était déroulée en un éclair. Marie avait été tellement débordée qu’elle en avait perdu la notion du temps. Elle avait obtenu le jeudi comme jour de repos et s’en délectait à l’avance. Cette journée grise aurait pu être un délicieux moment passé à flâner dans l’appartement si Laura n’était pas venue empoisonner ses pensées. Marie était passée en peu de temps de la culpabilité à la tristesse, de la tristesse à la jalousie et de la jalousie à la colère. Elle lui en voulait terriblement à présent. Elle savait avoir fait le maximum pour l’aider au mieux des intérêts de chacun et lui reprochait avec amertume son égoïsme d’enfant gâtée. Elle occultait délibérément ses propres fautes et ses responsabilités. Laura souffrait. Et alors? Elle aussi. Laura avait peur. Et alors? Elle aussi. Pourquoi l’avait-elle accusée de tous les maux? Ne portait-elle pas pour moitié depuis plus de douze ans le poids de leur secret? Que Laura put aujourd’hui le remettre en question et envisager de le divulguer la rendait malade. Le docteur Chazel lui avait laissé entendre qu’elle n’en avait rien fait. Mais pour combien de temps encore? Le docteur Chazel… Elle détestait ses conversations avec lui. Son air suffisant, condescendant, mièvre, l’exaspérait mais il était le seul moyen d’obtenir des informations sur Laura. La barbe! Elle se sentait lasse de devoir se battre seule pour le bien des siens, au besoin contre eux plutôt qu’avec eux quand ils refusaient de voir où se situait leur intérêt. Elle se savait forte mais elle voyait avec un extrême déplaisir se dessiner un combat fratricide. Elle alla dans la salle de bains et ouvrit à fond le robinet de la douche. S’attarder sous le jet d’eau chaude était tentant. Son dos était extrêmement contracté et douloureux. Sans vergogne, elle s’abandonna de longues minutes au massage bienfaiteur de l’eau. Finalement, elle se résolut à sortir de la cabine embuée. Elle se sécha énergiquement, enfila un long peignoir en éponge, chaussa sa paire de pantoufles et alla préparer du café. Trop habituée à une activité débordante, elle s’aperçut avec déception qu’elle s’ennuyait déjà.

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