La question de la virginité de Marie...

Publié le par Sandrine

Sébastien relut soigneusement ce passage. Il en était plutôt satisfait et pourtant, il savait qu’il ne le ferait pas figurer dans son manuscrit. Seul Luc et Mathieu en avait parlé, les autres ayant purement et simplement éludé la question de la virginité de Marie.
Ce passage était décidément trop sujet à caution pour qu’il prenne le risque de l’insérer dans un texte où il avait pris soin de prouver chacune de ses allégations. Il avait écrit ce passage dans le seul but de se rassurer en se prouvant que la méthode qu’il avait employée avec l’Ancien Testament pouvait fonctionner avec le Nouveau. Puisque seuls deux des quatre évangiles évoquaient la conception virginale de Jésus, il fallait la considérer comme n’ayant jamais existé et en déduire le plus logiquement du monde que Joseph était le père biologique de Jésus. En ce qui concernait les honneurs rendus à Jésus à sa naissance, encore une fois, seuls deux des quatre évangiles y faisaient allusion et leurs versions des faits se contredisaient puisque Mathieu affirmait que des rois avaient honoré l’enfant tandis que Luc soutenait que de simples bergers étaient venus le saluer. A nouveau, cet épisode se devait d’être relégué au rang de mensonge. Soudain, Sébastien abandonna sa Bible sur un coin du bureau. Une pensée venait de le frapper: les apôtres avaient rencontré Jésus alors qu’il avait une trentaine d’années, les auteurs des évangiles, pour la majorité d’entre eux, ne rapportaient que des ouï-dire qu’ils avaient manifestement la déplorable manie d’enjoliver et avaient entrepris la rédaction de ces textes longtemps après la mort de Jésus et loin des lieux de l’action, ce qui leur interdisait toute investigation sur le terrain… L’enfance de Jésus n’était fondée sur aucun élément fiable et les versions que Mathieu et Luc seuls avaient jugé opportun de rapporter devaient être rejetées. Cela aussi, n’était qu’un mensonge destiné à alimenter la légende. Il lui fallait, s’il voulait être réellement objectif, se concentrer sur les faits que les quatre évangiles relataient. Avant toute chose, Sébastien se livra à une rapide recherche pour comprendre quels liens unissaient les protagonistes de ces évènements. Surpris, il découvrit que la femme de Héli, la mère de Marie, était Anne, sa sœur avait eu une fille nommée Elisabeth, qui n’était autre que la mère de Jean le Baptiseur. Elisabeth était donc la cousine de Marie. De même, il apprit que la sœur de Marie était Salomé, la femme de Zébédée dont les deux fils, Jacques et Jean, furent comptés parmi les apôtres de Jésus. Il lui apparut également que Judas Iscariote était des douze apôtres, le seul judéen, les autres étant des galiléens. Judas était donc l’apôtre qui avait le moins de liens familiaux et géographiques avec Jésus et c’était précisément lui qui avait livré Jésus. Sébastien fronça les sourcils, il avait la sensation d’avoir mis le doigt sur quelque chose d’important qu’il était néanmoins encore incapable de s’expliquer. Il poursuivit sa recherche et sa pensée commença à se préciser. Pierre et André, qui s’avéraient être frères, travaillaient dans la même entreprise de pêche que Simon avec qui ils étaient associés, de même que Jacques et Jean, cousins de Jésus. Voilà qui liait singulièrement cinq des douze apôtres. Philippe et Barthélémy autrement nommé Nathanaël habitaient la même ville que les cinq premiers, il y avait donc de fortes chances pour que les sept hommes se connaissent bien avant l’appel de Jésus. Mathieu était douanier, par sa profession, il y avait des fortes chances pour qu’il ait été amené à rencontrer les cinq hommes qui travaillaient dans la même entreprise. Jacques était le frère de Mathieu et Thaddée le fis de Jacques, le lien entre ces trois-là était évident. Quant à Thomas, il était précisé que son nom, en araméen, signifiait le jumeau. Cependant, nulle part il n’était précisé de qui et sa filiation, contrairement à celle des autres, n’était jamais évoquée. Cependant, son nom était systématiquement accolé à celui de Mathieu, tout comme l’étaient ceux de Pierre et André, Jacques et Jean, Philippe et Barthélémy, chaque couple constituant une fratrie. Comment douter alors que Thomas et Mathieu aient été frères? Onze des douze apôtres étaient donc liés avant l’intervention de Jésus… Jésus n’avait pas opéré de conversion, mais organisé une conspiration! Quant à Judas, comment ne pas envisager que ce brave homme ait été le dindon de la farce puisque lui seul avait finalement fait les frais de ce projet puisqu’il était mort de façon pour le moins brutale et suspecte et était passé à la postérité en tant que traître désigné par les onze autres? L’histoire rapportée par les évangiles méritait alors un tout autre éclairage et le sens qu’elle prenait alors en était singulièrement différent. Différent et effrayant! Ne put-il s’empêcher de penser avant de sourire en imaginant la pâle figure que Richard ne manquerait pas de faire en apprenant pareil scandale.
«- Tu sembles bien t’amuser! Remarqua Maxime qui venait s’assurer qu’il ne s’était pas effondré sur la masse de documents amassée autour de lui.
- Oui et non. Oui parce que j’imagine par avance la tête de ce brave Richard lorsque je lui aurai exposé l’étendue de la catastrophe et non parce que je n’avais pas réellement appréhendé l’ampleur du phénomène.
- Ne me dis pas que ça te fait peur! Le railla-t-il avant de se reprendre brusquement devant le sérieux de Sébastien.
- Disons que je me pose des questions… Des questions que je n’aurait jamais imaginé devoir me poser et dont les réponses potentielles m’inquiètent.
- En clair?
- Ce n’est justement pas encore vraiment clair dans mon esprit. Autant je n’ai eu aucun mal à trouver le mobile de Moïse, autant celui de Jésus m’échappe. Qu’il y ait eu tromperie, ça, c’est une certitude absolue, mais dans quel but?
- Aucun, Jésus est mort. Constata sombrement Maxime.
- Ca, ce n’est pas évident!
- Pardon?
- Je t’en reparlerai quand j’aurai des preuves de ce que j’avance.
- Mais ça n’a pas de sens! Pourquoi aurait-il orchestré sa mort pour disparaître alors qu’il était en pleine gloire?
- Peut-être avait-il compris que les héros doivent mourir jeunes pour entrer dans la légende. N’oublie pas que Marie et Joseph, malgré leur condition modeste, avaient des origines illustres. Ils étaient tous deux élevés dans l’enseignement rigoureux de leur religion et ne pouvaient ignorer que le messie était attendu parmi la génération qu’ils enfanteraient. Quoi de plus humain, au fond, d’avoir voulu retrouver le lustre passé?
- Joseph et Marie ont eu plusieurs enfants, pourquoi ont-ils choisi Jésus pour mener ce combat?
- Parce que c’était leur premier né et que selon la loi mosaïque, tout premier né appartient à Dieu. Je m’étonnerai toujours de l’unité familiale à ce moment de leur vie. Elisabeth, qui résidait en Égypte ce moment-là et ne devait pas les connaître, les a reçus à bras ouverts et a témoigné elle-même que Jésus était fils de Dieu avant que son propre fils, qui ne devait être guère plus âgé que Jésus, ne quitte une vie relativement confortable pour se transformer en ermite battant la campagne en annonçant la venue du messie qui n’était autre que son cousin.
- Et l’épisode du baptême de Jésus?
- Depuis bien longtemps, Jésus était revenu en Galilée et il avait eu tout le loisir de contacter ses cousins et accessoirement futurs disciples pour leur demander de lâcher une colombe dans les airs au moment où Jean l’immergerait et de clamer: «Celui-ci est mon fils bien aimé, qui a toute ma faveur.» Phrase qui, pour une fois, est reprise unanimement par les quatre évangiles.
- C’est plus plausible qu’une intervention divine. Je te laisse travailler, ma secrétaire m’attend.» Lui dit-il avec un clin d’œil.

Commenter cet article

Perle d'Ô 07/10/2014 19:25

très agréable à lire....