La sorcière s’agitait dans son siège de cuir noir.

Publié le par Sandrine

La sorcière s’agitait dans son siège de cuir noir. Elle essayait de trouver une position propice à la méditation et à la concentration en dépit des nombreux fils qui la reliaient à différents moniteurs et qui émettaient avec une régularité obsédante divers signaux.
Elle trouva enfin un compromis entre le confort et la nécessité et ferma les yeux pour mieux se concentrer sur son souffle. Elle se remémora les indications laissées par Lilith en priant pour qu’elle n’ait pas menti sur ce point. Elle s’extirpa finalement avec maintes difficultés de son enveloppe charnelle usée et resta quelques instants au-dessus des ses improbables acolytes et s’amusa de les voir s’agiter nerveusement autour des appareils de contrôle. Elle se sentait bien, libérée de tous les maux de la vieillesse. Elle en oublia brièvement sa mission, toute à son bonheur. Elle se reprit brusquement et entreprit sa longue route, sachant que son corps dégradé ne lui offrait pas les ressources énergétiques nécessaires à folâtrer. Elle franchit le plafond et put contempler d’un point de vue inédit pour elle le chef d’œuvre architectural de ses ancêtres. Elle décida d’accélérer au maximum de ses possibilités pour se ménager le temps de mener à bien les négociations pour lesquelles elle s’était portée volontaire. Elle devina bientôt les contours du continent africain, puis le globe bleu de la terre. Une peur sourde et des doutes parasites commençaient à l’envahir et elle prit l’initiative de tourner le dos à la terre pour ne garder à l’esprit que le but à atteindre. Elle dépassa Pluton à une vitesse fulgurante, bifurqua à droite et se dirigea droit vers le premier trou noir qu’elle vit. Cette bouche béante lui inspira une saine méfiance et elle jugea plus prudent de le contourner. Elle usa de la même stratégie pour le second et, après une courte recherche, elle vit enfin la planète concernée. Lilith n’avait pas menti, c’était vraiment une jumelle de la terre. Elle en fit rapidement le tour pour repérer une construction indiquant la présence de ses futurs interlocuteurs. Elle découvrit finalement une immense bâtisse noyée dans une végétation luxuriante et s’y rendit en s’interdisant de réfléchir. Elle traversa le toit de tuiles ocres en s’interrogeant malgré tous ses efforts sur l’accueil qui lui serait réservé. Elle fouilla les pièces du deuxième étage une à une et malgré l’opulence des objets luxueux qui y foisonnaient n’y trouva pas âme qui vive. Elle subit le même échec à l’étage inférieur. Elle franchit l’entresol et se retrouva brutalement dans ce qui semblait être une gigantesque salle de conférence bondée. Surprise, elle mit quelques secondes à reprendre ses esprits. Rassemblant toutes les forces de sa volonté, elle s'avança
vers eux avec assurance, négligeant les regards lourds qui pesaient sur elle. Ne parvenant pas à distinguer de chef parmi eux, elle annonça d’une voix forte :
« - Lilith, celle que vous appelez la rebelle, est morte. Sa dépouille est à votre disposition. Elle se trouve en Ethiopie, dans la plus petite des croix troglodytes érigées par mes aïeux. Nous
vous y attendons. Ce sera l’occasion pour vous de nous dire ce que vous nous reprochez.
-Attends! Aboya l’un d’eux qu’elle identifia comme Zeus. Comment es-tu arrivée ici ?
-Tu le sauras en te rendant au rendez-vous que je viens de fixer. Soyez-y à dix huit heures aujourd’hui.
-Je n’en ai pas fini avec toi! Rugit-il.
-Moi, si.» Répliqua-t-elle tout en s’inquiétant de se sentir happée en arrière. Elle se retrouva au-dessus du toit sans comprendre ce qui lui arrivait. Elle essaya de résister au malaise qui l’envahissait mais savait qu’elle avait trop présumé de ses forces et perdit conscience.

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