La voiture donna des signes de faiblesse...

Publié le par Sandrine

La voiture donna des signes de faiblesse quelques temps après l’incident. Chaque fois qu’ils ralentissaient dans les encombrements citadins, le moteur suffoquait et s’arrêtait.
Lorsque les ratés se reproduisirent pour la cinquième fois, freinant un long serpent de voitures derrière eux, le conducteur dit:«Je t’avais prévenu qu’il fallait s’en charger avant de partir. Si nous tombons réellement en panne et que les bleus rappliquent nous serons dans de beaux draps. Ils pourraient se mettre à poser des questions à son sujet.» Il désigna la jeune femme d’un mouvement sec de la tête. L’homme à la barbe lui ordonna de quitter l’autoroute et de prendre la nationale pour chercher un garage. Lorsqu’ils en trouvèrent un, ils forcèrent Laura à s’allonger sur le plancher et la recouvrirent du plaid poussiéreux qui masquait le grand âge de la banquette arrière, avant de pénétrer dans le garage. La voiture avait besoin de réparations importantes, elle ne serait pas prête avant le lendemain. Il y avait un hôtel non loin du garage. Le mécanicien, avenant, leur dit qu’il était correct et bon marché. Ils s’y rendirent en voiture. L’homme à la barbe alla à la réception et revint peu après avec la clef. Ils allèrent ensuite se garer devant la chambre qui lui avait été attribuée et poussa Laura violemment à l’intérieur. Ils regardèrent d’insipides émissions de télévisions pendant le restant de l’après-midi. L’homme à la barbe rapporta des sandwiches en guise de dîner. Laura, épuisée, s’endormit au moment où commençait l’émission sur les disparitions non élucidées. Le violent juron de l’homme à la barbe la tira de ce sommeil trouble. Fais semblant de continuer à dormir, s’ordonna-t-elle. Sinon il va encore te tomber dessus.
«- Ce jeune abruti l’as très bien vue, disait le conducteur. Suppose une seconde qu’il soit en train de regarder cette émission. Il faut impérativement nous débarrasser d’elle.» Le lendemain en début de soirée, l’homme à la barbe alla chercher seul la voiture. Lorsqu’il revint, il installa Laura et lui maintint ses bras immobilisés contre son corps. «C’est terminé. Annonça-t-il dans un sourire nostalgique. Tu vas devoir nous quitter.» Laura, tétanisée sous son regard, les poignets broyés par l’étau de sa poigne, ne répondit pas. Son cœur battait à se rompre. Il remplit une seringue d’un liquide laiteux. Elle serra les poings quand elle releva dans un éclair de lucidité qu’il la remplissait entièrement, cette fois, au lieu de la dose minime habituelle. Une nouvelle fois, la tige de métal pénétra sa chair. « C’est fini. Nous allons te laisser à un endroit où l’on pourra te trouver. Si…» ses mots se perdirent dans l’épais brouillard qui paralysait peu à peu les pensées de Laura. Secoues-toi! Résiste! Hurla-t-elle désespérément au plus profond d’elle-même. Mais son corps autant que son esprit refusèrent obstinément de lui obéir plus longtemps. Elle sentit confusément qu’on la soulevait, l’odeur de renfermé de la voiture envahit ses narines et lui donna la nausée. La couverture immonde la recouvrit à nouveau. Il faisait si chaud, le textile usé lui irritait la peau, la poussière mélangée à sa sueur créait une gangue de saleté qui l’exaspérait. A la nuit tombée, ils s’arrêtèrent devant un grand bâtiment de tôles. L’homme à la barbe la déposa au pied du hangar. «Bon voyage.» Lui souffla-t-il à l’oreille dans un sourire ironique. Elle eut un mouvement de recul pour éviter son baiser dur, son étreinte passionnée. «Dommage, vraiment dommage…» murmura-t-il, sincèrement désolé. Elle le sentit s’éloigner, entendit la voiture démarrer, perçut que le bruit du moteur s’amenuisait. Il faisait si sombre. D’étranges bruits lui parvenaient. Le froid et la peur la secouaient de longs frissons. Elle se mit à trembler sans parvenir à se calmer malgré les énormes efforts qu’elle déployait. Ereintée, elle se laissa glisser dans l’inconscience.

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