Laura était épuisée...

Publié le par Sandrine

Laura était épuisée, fatiguée de dissimuler à tout un chacun et à chaque instant qu’elle mourait de peur. Elle se confinait toujours dans la politique du silence lors de ses séances avec le docteur Chazel. Ca ne servait à rien de parler.
Personne sauf elle ne pouvait comprendre le danger qu’il y avait à briser le secret. Le docteur Chazel était évidemment de bonne foi lorsqu’il disait vouloir l’aider, mais elle devait rester prudente. Parfois, elle avait peur, même en ne prononçant qu’un minimum de mots, d’en avoir laissé échapper un qui eût pu lui nuire. Elle était en permanence fatiguée. Même en se couchant de bonne heure, elle parvenait à peine à assumer les tâches de la journée sans s’effondrer. L’envie de se libérer devenait presque insupportable, mais son instinct de survie avait jusqu’ici été le plus fort et imposait le silence. Elle sentait néanmoins que cette situation ne pourrait durer éternellement. Elle commençait à penser qu’il n’y avait pas de bonne solution. Le bilan était cruel: la parole la mettait en péril immédiat, le silence la détruisait à petit feu. Elle appréhendait les soirées. L’appartement étai vide et aucun bruit ne venait mettre un peu de vie dans celui-ci. Elle redoutait de s’y trouver seule mais elle n’avait pas d’autre choix. Les seuls moments où Laura se sentait pleinement elle-même étaient ceux où elle retrouvait sa boutique et ses clients. Elle avait craint qu’ils ne la regardent avec condescendance ou ne lui imposent une pitié qu’elle haïssait, mais heureusement, il n’en avait rien été. Le docteur Chazel avait conclu de ses divers entretiens avec Laura qu’il s’agissait d’une jeune femme particulièrement forte mais il sentait obscurément qu’une brèche était en train d’entamer insensiblement le mur de silence derrière lequel elle s’abritait. La dernière fois, elle s’était assise face à lui, vêtue avec une grande simplicité, immobile dans le fond de son fauteuil, seule la fièvre de son regard révélant la douleur et l’anxiété qui la rongeaient. En revanche, il se posait davantage de questions au sujet de Marie. Elle s’informait de l’évolution de la thérapie de Laura dont elle comprenait admirablement la vulnérabilité mais quelque chose n’allait pas. Lors de leur dernier entretien, il avait eu l’impression que son attitude contredisait son discours. Il la sentait parfaitement maîtresse d’elle-même mais quelque chose d’indéfinissable lui laissait penser que Laura avait moins d’importance pour elle désormais. Il avait vainement essayé de chasser cette impression mais son instinct lui dictait avec insistance de se méfier de la jeune femme. Il prit la décision de s’entretenir avec Marie jusqu’à ce qu’il parvienne soit à dissiper ses doutes vis à vis d’elle, soit à les confirmer. Laura se montrerait de moins en moins coopérative dans les séances à venir, hérissant ses dernières défenses avant de parler. Il le savait. Aussi préférait-il tenter de glaner quelques informations du côté de Marie. Elle dissimule ses sentiments, conclut-il. En surface, elle est l’amie dévouée de Laura, mais quoi que j’y fasse, je n’arrive pas à y croire. Analysa-t-il. Il était presque certain que Marie détestait les entretiens qu’elle avait avec lui. Il devait l’amener à se découvrir par tous les moyens. Il était intimement persuadé qu’elle en savait beaucoup plus qu’elle ne voulait bien l’avouer au sujet des antécédents de Laura.

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