Laura s’accorda quelques secondes...

Publié le par Sandrine

Laura s’accorda quelques secondes supplémentaires avant de sortir de sa twingo garée devant la façade crème de la gendarmerie. Elle voulait être sûre de la solidité de sa détermination nouvelle. Elle prit une grande inspiration et sortit. Elle entra dans l’édifice d’un pas décidé. Voir autant d’uniformes réunis lui donna la chair de poule ; elle se sentit brusquement toute petite. Elle s’obligea à redresser la tête et les épaules et avança vers le guichet tout en s’efforçant d’occulter tout ce qui l’entourait. Un homme jeune, l’air sérieux mais néanmoins aimable l’accueillit avec un sérieux un peu pompeux au goût de la jeune femme. Au moment où elle lui demandait un entretien avec le gendarme Seauler, il sortait précisément de son bureau. La reconnaissant, il se dirigea vers elle et au lieu de lui tendre la main pour la saluer, lui passa le bras fermement autour des épaules tout en l’entraînant vers la petite pièce qui lui tenait lieu de bureau. « Vous êtes blanche comme un linge.» Lui glissa-t-il à l’oreille en la soutenant. Il l’aida à s’asseoir sur une chaise à la structure métallique dont l’âge semblait canonique et s’assit face à elle. Elle lui sourit en signe d’excuse.
«- Je ne pensais pas que cela se passerait comme ça. Lui dit-elle timidement.
-Je vais aller chercher un café. Ca ne vous fera pas de mal. Ne vous sauvez pas entre temps. Vous avez fait le plus difficile. Le reste n’est qu’une vulgaire formalité.» Il sortit en lui adressant un petit signe de tête. Non, elle ne pensait vraiment pas qu’elle ressentirait un tel malaise tant d’années après. Elle se reprocha sa faiblesse et se contraignit à repenser aux enfants sur la plage. Pour eux… S’encouragea-t-elle. Elle était tellement plongée dans le tumulte de ses pensées qu’elle n’entendit pas entrer le gendarme Seauler. Il eut la délicatesse de toussoter pour l’avertir de sa présence mais Laura, tendue comme un arc, sursauta et porta la main à son cœur. «Je suis ridicule.» Dit-elle pendant qu’il déposait le gobelet rempli de café noir devant elle.
«- Non. Je suis persuadé que vous avez de bonnes raisons pour réagir ainsi. Personne ne vous juge. Lui répondit-il en fouillant dans son bureau.
-Que cherchez-vous? Lui demanda-t-elle en soufflant sur son café brûlant.
-Un formulaire de dépôt de plainte. Vous souhaitez porter plainte contre un auteur inconnu c’est bien cela? Lui demanda-t-il en lui adressa un regard complice. Il essayait de lui faciliter le tâche et elle lui en fut infiniment reconnaissante.
-Oui. Il installa le papier dans l’imprimante et posa ses mains sur le clavier gris de l’ordinateur.
-Pour quel motif êtes-vous ici?
-Harcèlement. Menace de mort, je suppose…
-Bien. Que s’est-il passé pour que vous en arriviez à cette conclusion?
-J’ai trouvé mon chat poignardé sur mua porte d’entrée, j’ai reçu un colis sans aucune mention d’un quelconque expéditeur contenant une seringue et un message a été déposé subrepticement dans mon sac pour m’indiquer qu’on m’espionne. Dit-elle d’un seul trait, avec une étrange précipitation, les yeux perdus dans le vague.
-Bien. C’est le docteur Chazel qui va être vexé! S’exclama-t-il, sautant du coq à l’âne. Devant l’incompréhension manifeste de la jeune femme, il s’expliqua :
-Je ne suis pas psychologue et pourtant vous m’en avez dit plus en cinq minutes qu’à ce brave docteur en quelques mois. Elle sourit de sa plaisanterie. Tous deux savaient pertinemment qu’elle n’aurait pas été assise face à lui en ce moment sans le travail patient et entêté du docteur Chazel. Le gendarme lui tendit le formulaire pour qu’elle le lise et le signe. Laura se contenta d’apposer sa signature avant de lui tendre la feuille.
-Vous ne vérifiez pas?
-Non. Disons que je vous fait confiance.
-Merci.» Il la raccompagna jusqu’à la sortie du bâtiment, redoutant un nouveau malaise, mais au moment de le quitter, Laura lui souriait.

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