Laura se sentait un peu plus légère...

Publié le par Sandrine

Laura se sentait un peu plus légère en franchissant le seuil de l’appartement. Elle se sentait ragaillardie d’avoir fait quelque chose qu’elle jugeait inenvisageable la veille même. Elle se sentait un peu plus forte. Grâce au docteur Chazel, elle commençait à voir les événements sous un autre angle, et ce qu’elle découvrait l’attirait et l’effrayait tout à la fois. Lorsqu’elle avait décidé de rompre toute relation avec Marie, elle s’était brusquement sentie seule au monde. Aujourd’hui, elle découvrait des gens désintéressés tels que le docteur Chazel et le gendarme Seauler. Elle commençait à analyser la situation avec plus de lucidité. Elle était certes victime mais elle se demandait si elle ne s’était pas abritée derrière ce statut pour fuir ses responsabilités. Une envie de réparation voire, même si c’était moins avouable, de vengeance commençait à poindre en elle. Se sachant entourée, elle retrouvait sa combativité. Elle se dirigea sur une impulsion vers le coffret fermé à clef dans lequel elle avait enfermé les affaires qu’elle avait récupérées à la mort de ses parents. Elle ne l’avait pas ouvert depuis des années de peur de ne pas pouvoir supporter la douleur qu’elle ressentirait en en examinant le contenu. Le savoir près d’elle lui avait suffi jusque là. A présent qu’elle se savait totalement orpheline depuis le jour où elle avait rejeté Marie, elle sentait le besoin de s’y plonger. Elle passa tendrement le bout de ses doigts sur les lignes de clous dorés qui l’ornaient. Elle se remémora avec tristesse ce jour terrible où le directeur de l’école l’avait convoquée pour lui annoncer, l’air affreusement gêné, la nouvelle qui allait changer sa vie et la précipiter dans le chaos. Elle se revit, éperdue de douleur, courir dans tous les sens dans chaque pièce de la maison pour ramasser à la hâte tout ce qui lui tombait sous la main pour l’entasser dans ce coffret, pendant que Marie et sa mère l’attendaient dans la voiture, voulant lui laisser un moment de solitude pour faire ses adieux à la maison et aux souvenirs qu’elle recelait. Elle porta la main à son cou. Elle portait depuis ce jour la petite clef dorée passée à la chaîne qu’elle avait reçue pour sa communion. Elle releva ses cheveux pour actionner le fermoir et retirer la clef de la chaîne. Elle la garda quelques instants dans la paume de sa main, la caressant du regard. Elle hésita une seconde et l’enfonça dans la serrure. Elle ferma les yeux alors qu’elle tournait la clef et soulevait le couvercle. Elle rouvrit les yeux, ils se posèrent sur une photo encadrée d’un cadre argenté où ses parents et elle posaient dans le jardin, souriants. Elle ressentit un pincement au cœur, et c’est avec satisfaction qu’elle l’identifia comme de la nostalgie plutôt que du désespoir. Elle la posa délicatement à côté du petit coffre de bois sombre. Elle ne voulait plus gommer ces souvenirs de sa mémoire. Ils faisaient partie de la seule période réellement heureuse de sa vie et lui apportaient un réconfort dont elle n’entendait plus se priver. Un gros cahier à la couverture de cuir noir dormait sous la photo. Laura en caressa le cuir. Elle avait toujours aimé le contact charnel de cette matière. Elle l’ouvrit et reconnut l’écriture fine, légèrement penchée vers la droite, de son père. Elle se leva, alla chercher le paquet de cigarettes et le briquet qui reposaient dans le tiroir du living en meurisier depuis qu’elle avait été enlevée. Au passage, elle saisit la photo et la plaça précautionneusement sur l’étagère centrale du gros meuble. Elle chercha un cendrier dans ses entrailles et s’installa dans le fauteuil de cuir qu’elle aimait tant, sans doute parce qu’il avait appartenu à son père. Elle alluma une cigarette et rejeta la tête en arrière avec volupté en soufflant la première bouffée de fumée. Elle s’absorba dans la contemplation des volutes qui s’élevaient avec grâce. Presque aussitôt, elle se sentit envahie par un délicieux bien-être. Elle ouvrit le cahier et commença à le lire. A sa grande stupéfaction, la voix de son père résonna à ses oreilles.

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