Laura sentit une présence à ses côtés ...

Publié le par Sandrine

Laura sentit une présence à ses côtés qui la poussa à ouvrir les yeux. Le soleil illuminait largement la chambre.
Elle la balaya du regard et découvrit une femme assise dans le fauteuil disposé à son chevet. Elle était brune, avait une coupe au carré au niveau des épaules, était savamment maquillée et son regard pétillait d’intelligence.
«- Bonjour, Laura. Je suis le docteur Volanges. Comment vous sentez-vous?
-J’ ai mal partout. J’ai l’impression d’être passée dans une lessiveuse. A part ça, je me porte bien, merci. Nadine lui sourit.
-J’en suis ravie. Je suis ici de la part du docteur Chazel. Il m’a remis une lettre pour vous.»Annonça-t-elle en la sortant de la poche de sa blouse et en la lui tendant. Laura eut l’air intrigué mais ne posa aucune question et se mit en devoir de la lire. Quand elle l’eut terminée, Laura demeura silencieuse, ébahie. Le rire clair de Nadine vint saluer l’étonnement de la jeune femme.
«- Ne faites pas cette tête. Un monsieur qui fait une déclaration est toujours ridicule. Imaginez à quel point il serait humilié s’il vous voyait. Laura ne savait quelle réaction adopter. Elle visualisa brusquement Sylvain face à elle et répondit au rire de Nadine avant de porter la main à son flanc et de grimacer de douleur. Riez moins fort ou vous allez faire craquer vos points de suture.
-Ils se sont rappelés à moi. Je n’aurais jamais cru que…
-Seriez-vous donc aussi innocente que l’enfant qui vient de naître? Un homme, une femme… Quoi de plus normal que le désir se mette de la partie? Ils ont été créés pour ça. Cela se nomme l’instinct de reproduction, ma chère. La civilisation a enrobé ce comportement naturel de codes, d’interdits, et personne n’y comprend plus rien. Vous moins que les autres si j’en juge par votre tête. Alors, je reprends depuis le début. En matière de sexualité, il n’existe que trois interdits: les enfants, la famille et la violence. Pour le reste, tous les coups sont permis. Laura était atterrée. C’était la première fois qu’on lui tenait pareil discours.
-Que ressentez-vous à la lecture de cette lettre?
-De la gêne.
-Ca ne compte pas. Vous êtes terriblement coincée. Donnez-moi les premiers noms d’émotion qui vous viennent à l’esprit.
-Colère, peur, fierté.
-Pourquoi la colère?
-Il m’a trahie.
-C’est faux et vous le savez. Il a été victime de ses émotions mais jusqu’à la dernière minute, il a tenté de vous venir en aide et ne vous a jamais manqué de respect. Vrai ou faux?
-Vrai.
-Pourquoi la peur?
-Chaque homme est une menace.
-Votre père aussi, alors. Nadine, toujours souriante, la provoquait.
-Certainement pas! Se rebella Laura, indignée.
-Votre père était pourtant bien un homme?
-Oui.
-Je vais vous montrer à quel point la logique sur laquelle vous vous appuyez pour élaborer votre vision du monde est boiteuse. Ecoutez bien. Toute abeille est un être vivant. Tout homme est un être vivant. Donc tout homme est une abeille. C’est logique. Absolument faux, mais logique. Maintenant, je reprends votre raisonnement. Des salauds m’ont violée. Des hommes m’ont violée. Donc tous les hommes sont des salauds. C’est bien ainsi que vous pensez, n’est-ce pas?
-Oui. Avoua-t-elle dans un souffle.
-Et pourtant, votre père et le docteur Chazel sont des hommes et aucun d’entre eux n’a porté la main sur vous.
-En effet.
-Vous n’avez pas le droit de faire porter la culpabilité de quelques uns sur l’ensemble d’une catégorie. C’est une injustice. Vous agissez exactement comme ceux qui s’en sont pris à vous.«Mais, Monsieur le juge, toutes les femmes disent non alors qu’elles pensent oui. Pourquoi celle-ci serait-elle différente?»
-J’ai compris.
-Je ne vous demande pas pourquoi vous vous sentez flattée, c’est naturel. Nadine se tut quelques instants et ficha son regard dans celui de Laura avant de poursuivre. Laura, j’ai maintenant autre chose à vous annoncer. Encore une fois, je vous avertis: c’est sérieux mais ce n’est pas dramatique.
-Allez-y, j’en jugerai après.
-Vous êtes enceinte. Laura suffoqua. Tous ses repéres s’effondraient les uns après les autres.
-Réagissez, Laura! Ce n’est pas la fin du monde. Vous avez traversé des épreuves bien plus difficiles ces derniers jours. Je voudrais savoir quelle est votre décision quant à ce nouvel événement.
-Quelle décision? Répéta-t-elle sans comprendre.
-Vous avez deux options: soit vous gardez cet enfant et vous trouvez la force de faire de cet enfant du hasard un enfant de l’amour, soit vous décidez d’avorter pour ne pas traîner éternellement derrière vous cette incarnation d’un passé douloureux. Dans les deux cas, votre décision est respectable. Ce choix vous appartient et nul n’est autorisé à vous critiquer. Alors?
-Non. Je n’aurais pas la force… Je ne veux pas! Ca n’a rien d’humain!
-Calmez-vous. Je vais discuter avec le médecin qui vous suit pour savoir quand nous pourrons intervenir. Dans tous les cas, je serai à vos côtés.
-C’est monstrueux. S’entêta Laura, les yeux dilatés par l’horreur.
-Ce n’est qu’un hasard. C’est une des dernières épreuves…
-Une des? Releva la jeune femme.
-Vous avez entamé une procédure judiciaire qui ne pourra pas se dérouler sans vous.
-Je sais.
-J’aurai une surprise pour vous, demain…
-Si elle est de cette nature, je m’en passe. Laissa-t-elle tomber en sondant le regard de Nadine.
-Vous ai-je donné des raisons de croire que je cherche à vous nuire?
-Non. Admit-elle.
-Alors faites-moi confiance. Votre seul souci pour l’instant doit être de guérir pour sortir d’ici.»

Commenter cet article