Le bar était presque désert ...

Publié le par Sandrine

Le bar était presque désert en ce début d’après-midi automnale et il n’eut aucun mal à repérer la forte carrure de Maxime, attablé à côté de la baie vitrée ouverte sur le port et les bateaux de plaisance tanguant doucement.
Il s’avança vers lui tout en s’amusant de ce que la lumière se reflétât sur la peau rose de son crâne laissée à nu par un début de calvitie qui ne laissait rien présager de bon quant à l’avenir de l’abondante chevelure brune qui lui avait attiré jusque là les faveurs de la gent féminine. Maxime se leva lourdement et le fouilla de ses yeux noirs tandis qu’il lui serrait chaleureusement la main. Une longue et profonde amitié unissait le journaliste et l’éditeur. Une de ces relations paisible que le temps n’effleurait pas et qui leur permettait de se retrouver avec le même plaisir chaque fois que la vie leur en donnait l’occasion.
«- Qu’est-ce qui t’arrive? Lui demanda-t-il de but en blanc. Sébastien ne put s’empêcher de jeter un regard inquiet par-dessus son épaule avant de lui répondre. Le serveur désoeuvré, discutait avec le patron derrière le comptoir, ne jetant qu’un œil distrait à la salle pour guetter l’appel des rares clients qui s’y trouvaient.
- Il m’arrive une drôle d’aventure et j’ai besoin de toi pour me tirer de là. Je suis vraiment désolé de t’avoir contacté pour ça…
- Raconte.» Lui demanda-t-il simplement. Sébastien hésita une seconde avant de se lancer dans le long récit de ce qui lui arrivait. Maxime l’écoutait avec attention, ponctuant son monologue de hochements de tête compréhensifs.
«- Le seul moyen d’empêcher que l’on ne vole quelque chose est de le rendre accessible à tous, Max. Conclut-il en assenant une claque vigoureuse au plateau de la table, faisant danser dangereusement les verres et attirant l‘attention du serveur.
- Et c’est là que j’interviens… Poursuivit-il.
- J’ai bien réfléchi, sur le plan légal, nous ne risquons absolument rien, enfin si les choses se passent normalement.
- Ca, je le sais. Mais tu risques fort de te retrouver avec un couteau planté entre les omoplates si tu utilises ton nom, te connaissant, c’est une bévue que tu es bien capable de faire. Sébastien eut un petit sourire en coin qui disparut lorsqu’il acquiesça sombrement.
- J’ai horreur de tricher… Maxime serra brièvement la main de Sébastien.
- Je te suis à une condition non négociable, Sébastien. Décida-t-il brusquement.
- Laquelle? Lui demanda-t-il, un pli amer à la bouche.
- Tu prends un pseudo. Valérie ne me pardonnerait pas de ne pas t’avoir empêché de faire une folie. Sébastien soupira lourdement et contempla le port où les bateaux s’agitaient doucement mus par le vent qui se levait et jouait avec les cordages et les voilures.
- C’est d’accord. Souffla-t-il.
- Ah, au fait, tu déménages.
- Pardon? L’interrogea-t-il, piqué au vif par le ton péremptoire de Maxime.
- S’ils ne savent pas encore que tu es journaliste, ils ne vont pas tarder à l’apprendre et ils prendront inévitablement les devants. J’ai moi aussi le goût du risque mais je tiens particulièrement à ce que l’aventure finisse bien. Tu passes prendre tes petites affaires et je te cède l’appartement que Valérie n’arrive pas à louer pour l’instant. Quand penses-tu en avoir terminé? Sébastien haussa les épaules en signe d’impuissance.
- Dans un mois maximum…
- Je ne veux pas te presser mais le plus tôt sera le mieux.
- Je sais. Si j’avais fait plus attention au cahier, le travail aurait déjà été à moitié fait…
- Oui mais il t’aurait influencé. Il vaut mieux que tu y travailles seul.»

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