Le café était bondé et les discussions allaient bon train...

Publié le par Sandrine

Le café était bondé et les discussions allaient bon train, s’entrecoupant les unes les autres.
«- Vous n’auriez pas dû venir ici. Le monde est petit et si je vous ai reconnue, nul doute que les autres en feront autant.
- Excusez-moi mais je ne vous suis pas.
- Vous êtes la mère du petit Gauthier, tragiquement décédé dans les émeutes marseillaises. Samira opina tristement du chef. Je ne sais pas ce que vous cherchez à fuir exactement mais je peux vous dire sans l’ombre d’un doute que vous n’y arriverez pas ainsi. Votre visage est bien trop connu dans le paysage médiatique français pour que vous retrouviez un anonymat quelconque sur le territoire national.
- De grâce, ne m’assenez pas dans la foulée que je suis un enjeu médiatique et que je vais devoir de gré ou de force choisir un camp. Rémi lui sourit largement.
- Non, rassurez-vous. Excusez-moi de vous poser la question mais vous n’avez pas vraiment le langage des cités….
- J’étais secrétaire médicale.
- Pourquoi ne l’êtes-vous plus?
- J’ai perdu ma place suite aux débordement d’un mari alcoolique qui nous a abandonnés, mon fils et moi et j’ai commencé à faire des ménages pour assumer le quotidien.
- Vous êtes donc suffisamment instruite pour ne pas ignorer dans quel guêpier on vous a fourrée.
- Je n’ai aucune envie d’y penser.
- Vous le devrez pourtant ou cette situation vous sera fatale.
- Excusez-moi de vous poser une question à mon tour: qui êtes-vous?
- Rémi… Samira secoua négativement la tête.
- Je le sais déjà. Ce n’était pas le sens de ma question et vous le savez pertinemment.
- Je suis le représentant local du parti socialiste.
- Je vais vous demander de m’excuser mais je vais suivre vos judicieux conseils et prendre un taxi. Lui dit-elle en se levant. Rémi posa une main sur la sienne.
- Je ne vous ai encore rien dit d’important, Samira. Ecoutez-moi deux minutes avant de fuir.
- Je ne vois pas ce que vous pouvez m’apprendre que je ne sache déjà.
- Samira, j’ai dit que j’étais le représentant local d’un parti politique et en cela j’ai été rigoureusement honnête avec vous mais je n’ai jamais dit que je servais aveuglément ce parti. Il se passe des choses extrêmement dangereuses pour l’intégrité de la démocratie ces temps-ci et les socialistes ne sont pas moins à blâmer que les autres. Il faut absolument que nous sortions de ce système de politique médiatique si nous ne voulons pas aller droit dans le mur. Les élections auront lieu dans moins de cinq mois et nous devons à tout prix faire comprendre aux citoyens que ce ne sont plus les politiques qui nous dirigent mais les médias. Vous êtes la star du moment, je suis désolé d’employer ce terme mais il est malheureusement adéquat et nous devons nous servir de cette position de force pour retourner la situation à notre avantage.
- Je ne vois pas en quoi j’aurais avantage à pencher d’un côté plutôt que de l’autre.
- Vous devez céder à la pression médiatique et vous prêter à leur jeu pour mettre les citoyens face à eux-mêmes et les obliger à prendre leurs responsabilités.
- Au risque de me répéter, je ne vois pas en quoi cela me concerne.
- Vous êtes en danger et vous le savez sans quoi vous n’auriez pas pris la fuite. Il y a aujourd’hui deux solutions pour leur échapper: l’anonymat mais nous nous réveillons un peu tard pour cela ou la surexposition médiatique. Je peux vous épauler pour vous aider à traverser cette épreuve sans trop de risques.
- Je ne veux qu’une chose: que ceux qui ont commandité le meurtre de mon fils soient mis derrière les barreaux et que jamais plus la vie d’un enfant ne soit un vulgaire « enjeu politique » pouvez-vous vous engager à me donner satisfaction sur ce point? J’en doute…

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