Le docteur, titubant et vaguement béat

Publié le par Sandrine

Le docteur, titubant et vaguement béat et Odile, choquée de l’état du médecin entrent dans la pièce. Sans un mot, le praticien s’agenouille auprès de Mémé, prend son pouls et nie vigoureusement de la tête, répandant la cendre de son cigare sur la pauvre femme allongée.
Le médecin, articulant péniblement.
C’est fini.
Odile.
Fini quoi? Elle va se lever oui ou non!
Le médecin, se levant avec peine, fin saoul.
Elle est morte.
Odile, prenant soudain conscience de la situation, se composant une mine de circonstance, sortant un mouchoir de son tablier et se tamponnant les yeux.Pauvre Madame… Simulant un sanglot. Toujours si vive…
Le médecin, prenant appui sur la rampe de bois pour assurer son équilibre.
Beaucoup moins, maintenant, Odile. Allez, séchez vos larmes et aidez-moi un peu à l’installer.
Odile, esquissant un pas de côté.
Oh, non! Euh… Je ne pourrais pas.
Le médecin.
Allons, Odile, vous êtes forte comme un bœuf! Il y en a pour cinq minutes. Montons-la dans sa chambre.
Odile, reculant encore et niant.Pour me rompre le cou dans ces fichus escaliers! Non, merci!
Le médecin, soupirant et tanguant toujours.
Nous ne pouvons tout de même pas la laisser comme ça… Regardant l’escalier incriminé. C’est tout de même une sacrée chute… C’est ma foi vrai qu’il est raide, le lascar! Bon, tâchons de faire au mieux ici.
Odile, s’étant sournoisement éloignée.Dans ce cas, je crois que vous vous en sortirez très bien tout seul.
Le médecin, grondant.Odile! Je pensais que vous montreriez un peu plus de reconnaissance envers Madame!
Odile, ayant atteint la porte, tout bas.
Pour ce qu’elle en faisait de son vivant… Haut. Elle avait bon cœur, elle ne m’en voudrait pas. Bon courage!
La porte claque et le médecin se retrouve seul avec la défunte.
Le médecin, se baissant et l’attrapant sous les aisselles.
Venez par ici, je vous invite à une dernière promenade. Han ! Se redressant et se massant les reins. Un petit régime n’eut pas été superflu… Je suis navré, vraiment, mais je ne vois pas d’autre solution que celle-ci. Se baissant à nouveau et la saisissant par les bras, il la traîne jusqu’au pied de l’immense table de la salle à manger. Nous y sommes presque. Examinant la table avec un soupir désolé. Je ne peux tout de même pas vous déposer au milieu de cette table comme un cochon de lait ! Si seulement Odile était là, elle aurait pu me trouver un linge sombre pour habiller cette table… Quelle lâche, quand même… Ne bougez pas ! Je vais voir à l’étage si je peux trouver quelque chose qui convienne.
S’agrippant à la rampe des deux mains et trébuchant une marche sur trois, il se hisse péniblement jusqu’à l’étage.

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