Le lendemain matin, le service funèbre...

Publié le par Sandrine

Le lendemain matin, le service funèbre fut célébré pour Guillaume Masset. La petite église du village contenait difficilement la foule venue assister à la messe. Effondrée, Marie, pleurant toutes les larmes de son corps, ne voyait rien de ce qui l’entourait.
Marthe fut à la fois désagréablement surprise et gênée par cette affluence qu’elle jugeait obscène. Sa fille et elle étaient les seules représentantes de la famille. Les collègues de Guillaume étaient venus l’accompagner à sa dernière demeure et Marthe eut bien du mal à ne pas leur hurler de sortir. Une masse disparate de curieux était venue assister au spectacle morbide que la veuve la plus médiatique du moment voudrait bien lui offrir et qui ferait les gorges chaudes jusqu’à ce qu’un autre événement scandaleux vienne le chasser de leurs distractions. La tête droite, ayant conscience de paraître hautaine ou digne selon l’humeur des propriétaires des yeux plantés dans son dos, Marthe regardait les volutes d’encens s’élever dans les airs, se disant que tout l’encens du monde ne pourrait purifier l’âme de Guillaume. Elle refusait de poser se yeux sur le cercueil qui enfermait une dépouille qu’elle méprisait et dont, par moments, elle imaginait avec plaisir la décomposition. Les paroles de réconfort, d’amour universel et de bénédiction du prêtre n’effleurèrent pas l’esprit de Marthe, trop occupé à la haine. Marie ne pleurait plus en suivant le cercueil hors de l’église. Elle gardait la tête baissée pour éviter le regard de sa mère. Il lui faisait peur. Marthe, discrètement, attrappa la main de sa fille et serra longuement ses doigts pour lui signifier qu’elle comprenait cette douleur qu’elle ne partageait pas. La présentation des condoléances fut pour Marthe, non pas un moment d’épreuve comme elle s’y était attendue, mais un retournement de situation auquel elle prit un plaisir indéniable. Les collègues de Guillaume avaient dû se donner le mot. Chacun leur tour, ils s’ingénièrent à lui broyer la main tout en terminant leur phrase par des regards accusateurs. Marthe se pencha à l’oreille de sa fille: «- Je te demande pardon pour ce que je vais faire. Essaie de me comprendre et sois forte. Je t’aime.» Le souffle glacial de la terreur paralysa Marie qui ne lâcha plus sa mère de yeux. Marthe, affichant un sourire radieux, s’éloigna de sa fille et s’approcha de la tombe béante avant même que l’intégralité des collègues de son défunt mari aient terminé leur outrageant hommage. Un silence de plomb s’abattit sur le cimetierre. La stupeur se peignit sur tous les visages. Marthe prit un paquet dans son sac à main et le dispersa sur le cercueil. «Que toutes ces enfants dont tu as brisé l’âme et le corps te tiennent compagnie et te hantent pour l’éternité. Sois maudit!» Dit-elle à haute et intelligible voix tandis que des centaines de photos de jeunes filles à peine formées révélaient à la foule médusée leurs nudités dans des poses écoeurantes. Marie eut un hoquet de nausée. Horrifiée, elle découvrait ce que le destin lui avait épargné de savoir jusque là. Le regard épouvanté de Marie n’échappa pas à Marthe dont les yeux se dilatèrent sous la surprise avant de s’adoucir et de devenir suppliants. Elle n’avait jamais soupçonné que Marie ne fût pas au fait de la totalité des atrocités commises par son père. Marie blanchit, vacilla et s’effondra dans les bras de sa mère qui s’était élancée pour la soutenir.

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