Le lendemain vers onze heures...

Publié le par Sandrine

Le lendemain vers onze heures, Marie-Anne frappa à la porte de son supérieur, une liasse de feuilles couvertes de notes abondantes. Contrairement à ses habitudes, c'est en souriant qu'elle lui demanda s'il pouvait lui accorder un entretien. Le terne quadragénaire accéda à sa demande avec appréhension. Refermant doucement la porte derrière elle, elle alla s'asseoir et posa ses notes sur le rebord du bureau en désordre. Elle ajusta sa jupe d'un geste naturel, le regarda droit dans les yeux et dit:
"J'espère que vous ne m'accuserez pas d'impertinence, mais je crois que je tiens l'affaire du siècle.
- Je n'en attendais pas moins de vous", lui répondit-il d'un ton sarcastique tout en l'invitant à poursuivre d'un geste large de la main. Malgré la dureté évidente qu'il lui opposait, Roland appréciait l'énergie, l'organisation et la ténacité de la jeune femme... oh, pas autant que ses longues jambes au galbe parfait, auraient dit ceux de ses proches qui le savaient être grand amateur de jupons devant l'éternel.
"J'aime autant éviter de gaspiller ma salive. Je pense que la lecture de ceci devrait vous transporter de joie.", affirma-t-elle avec une belle assurance en lui tendant la liasse de papier.
Roland reposa le feuillet avec un enthousiasme évident. Cette trouvaille, se disait-il, était fantastique. Avec ça, son journal allait devenir le meilleur, et pour longtemps... Il alluma une cigarette. Il vit une ombre passer dans les yeux de la jeune femme devant son silence, aussi lui dit-il:
" Vous êtes bien consciente que traiter une affaire pareille exigera untravail acharné?
- Je pense que je saurai faire face. Le travail ne m'a jamais fait peur.
- Avez-vous déjà commencé à piocher la question?"
Elle prit alors un second paquet de notes qu'elle lui tendit.
"J'ai eu la chance de faire quelques connaissances utiles. Voyez-vous, ce serait une erreur d'entreprendre une enquête de cette envergure sans obtenir des renseignements absolument fiables pour interpréter correctement ces informations. On va nous attendre au tournant et je refuse de prendre le moindre risque."
Elle lui raconta alors les relations qu'elle avait patiemment nouées çà et là, dans les cafés, les restaurants, les boîtes de nuits, sur Internet, trouvant toujours un bon moyen de rendre service à chacun pour en faire ses obligés. Elle n'était donc pas distante comme elle le laissait croire indûment à son entourage professionnel et c'est avec son charmant sourire et sa gentillesse pour seules armes qu'elle avait réussi à bâtir tout un réseau de relations utiles. Même s'il refusait à tout prix de le laisser paraître, Marie-Anne, arrivée dans la région depuis trois mois à peine, avait réussi un tour de force qui le laissait admiratif. Cette fille dépassait ses espérances les plus audacieuses. Lorsqu'elle se tut, il lui dit sobrement:
"Je dois reconnaître que vous n'avez pas perdu votre temps."
Une lueur s'alluma dans le regard de la jeune femme.
"Quand commençons-nous?", demanda-t-elle.
Roland, fait rarissime, sourit de toutes ses dents.
"Je veux que votre article soit sur mon bureau à dix-huit heures. Veillez à ce qu'il soit parfait; la ville entière ne doit parler que de ça. Vous serez en première page."
Marie-Anne rosit de plaisir et Roland sourit cette fois de son ingénuité si bien que perdant tout contrôle d'elle-même quelques instants, elle rougit de honte.

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Publié dans La Clef de sept

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