Léa sortit son arme ...

Publié le par Sandrine

Léa sortit son arme de sa poche et se demanda ce qu’elle allait bien pouvoir en faire. S’en séparer était au-dessus de ses forces mais la garder sur elle l’exposait à de graves ennuis. La nuit était fraîche et elle passa une veste ample aux poches profondes dans l’une desquelles elle dissimula le revolver.
Elle aviserait plus tard. Elle consulta sa montre: il ne lui restait plus que trois minutes avant l’arrivée du gendarme. Précipitamment, elle s’empara des deux bristols que Gérard avait rédigés à son attention et de l’ordinateur portable. A peine eut-elle fini sue la sonnerie retentit. Elle attendit, serrant le revolver dans sa poche, que le sixième coup résonne plus longuement que les cinq premiers avant de se risquer à ouvrir la porte. Le gendarme, un profond pli soucieux barrant son front, l’attendait sur le seuil. Elle soupira intérieurement de soulagement et le suivit jusqu’à la voiture dans laquelle l’un de ses collègues patientait. Dans un silence tendu que seul le bruit du moteur rompait, il les conduisit jusqu’à la gendarmerie. Assise dans le minuscule bureau, lèvres pincées, la jeune femme se demandait comment elle pourrait le convaincre que ce qu’elle avait découvert était bien une réalité et non le fruit d’une imagination trop fertile.
« - Que se passe-t-il, madame Bouvier? Vous avez peur, ça, je le vois bien, mais de quoi?
- Demandez-moi plutôt de qui…
- Alors, qui vous terrorise à ce point?
- Gérard Deschamps. Le gendarme la dévisagea avec incompréhension.
- Il n’est pourtant plus à côté de vous… Déposant les bristols devant lui, la jeune femme guetta silencieusement sa réaction.
- C’est lui qui a écrit ça?
- Oui.
- Comment vous sont-ils parvenus?
- Il s’est introduit dans la maison alors que je dormais. Il y a également déposé un bouquet de roses et des produits de beauté. Il a en outre brisé l’une de mes cigarettes pour me signifier son désaccord envers ce vice. Il m’a téléphoné tout à l’heure pour m’ordonner d’aller me coucher afin que je n’ai pas de cernes.
- Je ne me souviens pas vous avoir vue fermer la porte à clef lorsque nous sommes partis. Léa haussa les épaules.
- A quoi bon? Vincent et lui entrent chez moi comme dans un moulin, portes fermées ou pas…
- Vincent est venu vous voir? S’étonna-t-il.
- Oui. Lui répondit-elle avec indifférence.
- Que voulait-il?
- Me protéger.
- De quoi?
- De Gérard Deschamps.
- Excusez-moi, je vais demander que l’on mette immédiatement la maison sous scellés.
- Ca ne servira à rien. Gérard, Vincent et Justine se relaient devant la maison. Ils doivent sans doute savoir où je suis en ce moment et ont dû faire le nécessaire.
- Ca vaut tout de même le coup d’essayer. » Insista-t-il en se précipitant hors du bureau. Léa entendit un ordre claquer, des pas se précipiter vers la sortie et dut attendre plusieurs minutes avant de le voir reparaître. Il déposa devant elle un gobelet de café, un paquet de cigarettes et un briquet. Elle désigna la plaque « Interdiction de fumer » du menton.
« - Disons que ce sera l’exception qui confirme la règle. Lui répondit-il en souriant.
- Merci. Lui dit-elle en allumant une cigarette. Il fit lentement le tour du bureau, s’assit, sortit un cendrier de verre qu’il déposa devant elle et en alluma une lui aussi.
- Comment avez-vous réussi à convaincre Vincent que vous pouviez vous passer de ses services?
- J’ai eu des arguments percutants. Avoua-t-elle en déposant le revolver sur une épaisse pile de dossiers.
- J’imagine que c’est celui que nous avons vainement cherché sur la dépouille du détective…
- Oui.
- Vous en êtes-vous servie? Elle nia calmement.
- Dieu merci, la dissuasion a suffi.
- Pourquoi voulait-il vous protéger de monsieur Deschamps?
- Par esprit de vengeance. Je suppose que madame Hugue vous a informé de ce que son fils et elle lui reprochent?
- Oui, mais nous n’avons aucune preuve qui nous permette de prendre cette accusation au sérieux. Ce sont des faits d’une extrême gravité, madame Bouvier. Léa acquiesça silencieusement.
- Etes-vous au courant de l’affaire de harcèlement sexuel qui a poussé l’éducation nationale à anticiper son départ à la retraite?
- Non.
- Sa victime était secrétaire, elle aussi a disparu. Il s’agit de mademoiselle Sabert. Le gendarme soupira et la fixa droit dans les yeux.
- Qu’essayez-vous de me dire?
- Que c’est infiniment plus grave qu’une vague histoire de perversion sexuelle.
- Vous ne m’aidez pas beaucoup, madame Bouvier. Léa alluma l’ordinateur portable d’Antoine et rechercha la photographie qu’elle avait vue. Elle la trouva finalement et tourna l’écran vers le gendarme.
- C’est splendide. Lui accorda-t-il sans comprendre où elle voulait en venir.
- Non, c’est atroce. Répliqua-t-elle avec plus de véhémence qu’elle ne l’aurait voulu. Savez-vous que monsieur Deschamps s’est un temps adonné à la sculpture?
- Vous me l’apprenez.
- Savez-vous quelle est l’obsession de monsieur Deschamps?
- Les femmes, selon toute vraisemblance…
- Pas exactement. C’est la beauté.
- Madame Bouvier, pourquoi ne me dites-vous pas franchement ce qui vous terrorise?
- Parce que j’ai une autre crainte…
- Laquelle?
- Que vous ne me croyez pas et que je me retrouve finalement seule et sans défense face à lui.
- Nous pouvons vous protéger.
- Ignorez-vous donc ce qui est arrivé au détective?
- Non. Vous pensez donc que Gérard Deschamps est son assassin? Léa approuva silencieusement.
- La méthode employée lui ressemble davantage qu’à Vincent, ne pensez-vous pas?
- Je n’en sais rien. L’enquête en cours nous le dira.
- Et sur qui enquêtez-vous? Le gendarme lui sourit largement.
- Je crois que vous nous sous-estimez terriblement, madame Bouvier.
- J’ai quelques raisons pour cela, il me semble…
- Nous avons certes fait une regrettable erreur mais nous y avons mis bon ordre, si je ne m’abuse…
- Je doute que mon ex mari ne considère cela que comme une regrettable erreur.
- Je ne peux malheureusement rien faire de plus pour lui.
- Vous avez raison et je le sais mais je ne peux m’empêcher de vous en vouloir et de me méfier de vous.
- Je n’aurai jamais l’occasion de vous faire changer d’avis si vous ne me dîtes pas ce que vous redoutez exactement de monsieur Deschamps.
- Je crains de finir statufiée. Voilà, vous savez tout.
- Vous voulez dire que…
- Exactement. Avez-vous lu le pseudonyme de l’artiste?
- C’est troublant mais ça ne prouve rien.
- Je suis prête à parier que la femme représentée ressemble terriblement soit à mademoiselle Sabert, soit à la fiancée de Vincent.
- C’est vérifiable mais ça ne prouvera rien. L’art n’est pas condamnable, madame.
- Votre point de vue d’amateur ne changerait-il pas si la matière première de l’artiste était un corps humain?
- Attendez-moi ici. Je dois passer un coup de fil. » Léa soupira lourdement, elle avait tout tenté pour être crue mais rien dans l’attitude du gendarme ne semblait indiquer qu’elle était parvenue à ses fins. Elle regarda le revolver avec regret, consciente de s’être peut-être démunie du seul moyen dont elle disposât pour se défendre. Les minutes s’égrainaient lentement sur l’horloge murale et l’attente devenait plus insupportable à mesure qu’elle se prolongeait. Finalement, le gendarme revint, souriant, et elle ne put s’empêcher de s’interroger sur le sens de ce sourire.
« - Vous êtes sous protection policière à partir de maintenant. Lui annonça-t-il. Elle ferma brièvement les paupières.
- Merci de m’avoir crue.
- Vous allez regagner la maison où vous logez. Deux de mes collègues assureront la garde. Ils seront plus discrets que votre détective. Ils resteront à votre porte.
- Je ne suis pas certaine que ce soit une bonne idée.
- Tant pis pour vous, ils envahiront donc la maison.
- C’est un sacrifice que je fais de bon cœur.
- Tâchez de vous reposer. Nous aurons une journée chargée, demain.
- Merci. » Lui répondit-elle en serrant chaleureusement la main qu’il lui tendait.

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article