Mademoiselle Garnier...

Publié le par Sandrine

«- Mademoiselle Garnier, je vous en prie ne dites pas n’importe quoi. Disons que je n’ai rien entendu. De tels propos sont extrêmement graves. Vous êtes encore sous le coup de l’émotion.De grâce, réfléchissez bien à tout ce que vous pourrez dire à partir de maintenant. Que vous coopériez est une chose, que vous fassiez vous-même les conclusions en est une autre. Vous l’avez dit vous-même, vous ne vous souvenez de rien. Je vais être obligé de vous emmener pour vous interroger. Mais cessez de raconter des bêtises! Je veux que vous me disiez la vérité. Rien que des faits avérés et vérifiables, Laura. Pas des impressions. Si vous êtes coupable, vous serez condamnée, mais seulement à l’issue d’une enquête minutieuse. Laissez-moi faire mon travail avant de jouer les martyres. Avez-vous touché au couteau?
- Non, dès que je l’ai vu, j’ai appelé le docteur Chazel, comprenant… Elle ne finit pas sa phrase devant l’air réprobateur du gendarme. Et c’est vous qui êtes arrivé. Par quel miracle, d’ailleurs?
-Un meurtre a été commis, Laura. Nous cherchons à rencontrer tous les membres de l’entourage de la victime. Sciemment, le gendarme Seauler avait menti à la jeune femme sur la raison de sa présence et avait soigneusement évité de prononcer le nom de la victime.
-Alors, il est vraiment mort…
-Qui, Laura?
-Guillaume Masset, mon tuteur. C’est lui n’est-ce pas?
-Vous n’étiez donc pas sûre du fait qu’il lui soit réellement arrivé quelque chose, ni de l’identité de la victime. Nous parlerons de tout cela dans mon bureau. Avez-vous un avocat?
-Donc, vous me croyez coupable?
-Je ne crois rien. Je mène une enquête et je me conforme à la procédure en vous informant que vous disposez du droit d’avoir un avocat à vos côtés pour défendre vos intérêts. Descendez de voiture, Laura. Nous vous emmenons à la gendarmerie.» Laura lui obéit avec docilité. Il referma la portière et se dirigea vers le docteur Chazel. Les deux hommes se saluèrent.
«- Que se passe-t-il? Demanda tout de go le médecin. Le gendarme soupira profondément avant de répondre.
-Madame Masset, la tutrice de Laura, a trouvé son mari mort dans le jardin de leur maison à Vidauban. Il a été frappé de vingt et un coups de couteau. Lorsqu’elle l’ a trouvé, elle a téléphoné à Marie qui s’est immédiatement rendue sur place où elle a alerté la gendarmerie. Elle est restée auprès de sa mère.
-Justement, hier je pensais à vous contacter pour me mettre en relation avec eux. J’imagine que ça tombe à l’eau. Vingt et un coups de couteau…
-Vous en pensez visiblement le même chose que moi. Pourquoi vouliez-vous entrer en rapport avec les Masset ?
-Il semblerait que tout n’allait pas pour le mieux entre Laura et eux, contrairement à ce qu’affirmait Marie. Laura n’en a jamais parlé lors de ses séances et je me suis souvenu qu’il n’ont pas donné signe de vie à Laura lors de son retour. Je me suis renseigné à l’hôpital et l’on m’a confirmé que seule Marie lui rendait visite.
-Tout cela est d’autant plus étrange que nous sommes venus ici ce matin pour interroger Laura sur les accusations de Marie qui assure avoir croisé un véhicule en tous points semblable à celui de Laura sur la route de Puget. Elle a ajouté qu’une femme conduisait et nous a communiqué le numéro de la plaque d’immatriculation qui correspond à celui de la voiture de Laura.
-Connaissez-vous le numéro d’immatriculation du véhicule de vos parents, Monsieur Seauler?
-Je sais. Ces affirmations ne prouvent rien et mon intention première était simplement d’entendre les explications de Laura. Mais là où tout se complique c’est que l’arme du crime se trouve en sa possession et que dès qu’elle m’a vu, elle m’a dit, je cite: «Maintenant, je suis presque sûre de l’avoir tué. Oui, c’est moi.» Croyez-vous Laura capable d’une telle chose docteur?
-Je vous accorde que Laura est psychologiquement perturbée, mais de là à commettre un meurtre avec un tel déploiement de haine… Non, sincèrement, je ne l’en crois pas capable.
-D’autant moins qu’elle n’a rien à voir là-dedans. Laissa tomber une voix féminine. Par ici. Se signala Consuelo en agitant le bras par la fenêtre sous laquelle les deux hommes discutaient.
-Vous dites, madame? Lui demanda le gendarme, contrarié que des oreilles indiscrètes aient eu vent de cette conversation privée.
-Entrez. J’aime autant que nous en parlions entre quatre murs.» Les deux hommes pénétrèrent dans l’appartement dont la porte béait, visible depuis le hall de l’immeuble.
- Asseyez-vous, je vous en prie. Je suis la concierge de cet immeuble. Je suis également insomniaque et peux vous certifier que mademoiselle Garnier est restée ici depuis son retour de la gendarmerie. Elle est venue boire un café et nous en avons parlé. Mais il y a plus intéressant. Maintenant que j’y pense… Laura se gare toujours au même endroit, sous les fenêtres du salon. J’ai entendu sa portière claquer, cette nuit, vers trois heures. J’ai cru qu’on essayait de lui voler sa voiture alors j’ai regardé ce qui se passait par la dite fenêtre. Au moment où je suis arrivée, j’ai entendu la portière se refermer et j’ai vu l’ombre de quelqu’un s’en éloigner. Vers quelle heure dites-vous que cet homme a été assassiné?
-Dix neuf heures.
-Alors Laura était chez moi à ce moment là.
-Seriez-vous prête à déposer votre témoignage à la gendarmerie? De manière officielle…
-Evidemment!
-Essayez de passer en fin de matinée, s’il vous plaît.
-Vers onze heures, si ça vous convient.
-Ce sera parfait.» Le docteur Chazel se sentait plus léger alors qu’ils prenaient congés de Consuelo.Le gendarme Seauler tapa l’épaule du médecin en geste de connivence. Il le quitta sans un mot supplémentaire pour se rendre auprès de Laura. Quand il ouvrit la portière, la jeune femme sursauta.
«- Qu’avez-vous fait en sortant de la gendarmerie, Laura?
-Je ne voulais pas me retrouver seule, alors je suis allée boire un café chez Consuelo.
-Consuelo?
-La concierge.
-Dans ce cas, vous êtes lavée de tout soupçon. Ce n’est pas vous, Laura. Quelqu’un vous en veut vraiment. Soyez extrêmement prudente.
-Vous en êtes sûr?
-Absolument. Mais nous nous reverrons, je vais avoir besoin de renseignements.
-Je ne sais pas si…
-Ce n’est pas une plaisanterie! La coupa-t-il sèchement. Il y a eu meurtre. Que vous le vouliez ou non, il va falloir que vous parliez. Vous n’êtes plus seule en cause. Laura lui adressa un regard où il put lire toute l’étendue de sa détresse.
-Laura, je ne voulais pas être aussi dur. Mais il y a urgence. Pour votre sécurité comme pour celle des autres. On ne peut pas laisser un meurtrier…
-Un justicier! Corrigea-t-elle.
-Ce n’est pas à vous d’en décider mais à la justice. Le docteur Chazel vous attend. Lui dit-il en la saluant.
Totalement désappointée, Laura rejoignit le médecin sans comprendre ce qui lui arrivait.
«- Comment vous sentez-vous?
-Perdue. Je ne comprends plus rien. Plus j’en apprends, moins je comprends…
-Si nous en parlions calmement à mon cabinet?
-Attendez.» Lui ordonna-t-elle plus brusquement qu’elle ne l’aurait voulu en le plantant seul sur le trottoir. Elle s’élança vivement dans l’immeuble, ouvrit la porte de l’appartement à toute vitesse, se précipita sur le coffret dont elle sortit le cahier. Elle claqua la porte derrière elle et, toujours courant, retrouva le docteur Chazel à qui elle le remit.
«- Lisez ça. Après, nous parlerons.
-Pourquoi courir ainsi, Laura?
-J’ai peur de changer d’avis. Partez, s’il vous plaît..» Supplia-t-elle avant de faire demi-tour.

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