Marie admirait le calme de sa mère...

Publié le par Sandrine

Marie admirait le calme de sa mère. Elle conduisait comme si elle se promenait. Marie aurait bien aimé lui parler, entendre le son de sa voix pour se rassurer, mais l’heure était trop grave pour raconter des banalités.
Quand Marthe gara la voiture et coupa le contact, Marie eut un soupir lourd.
«- Il est encore temps de renoncer, Marie. Tu n’as rien à te reprocher d’un point de vue légal. Tu seras appelée à témoigner, tout simplement.
-Je crains que ce ne soit pas si simple, au contraire. J’ai encore quelque chose à t’avouer…
-Tu n’as rien à craindre. Parle.
-Quand je suis arrivée et que j’ai vu le corps de papa… Je me suis dit qu’il s’agissait de l’œuvre d’un déséquilibré qui s’était acharné sur lui. J’ai eu le temps de réfléchir avant que les gendarmes n’arrivent. J’en ai déduit que seule Laura pouvait le haïr à ce point. Je voulais être sûre de la mettre hors d’état de nuire. J’ai ramassé le couteau avec un chiffon et je l’ai caché dans mon sac avant l’intervention des gendarmes. Sans que tu ne t’en aperçoives, j’ai versé du Valium dans ton verre, et, peu après que tu te sois endormie, j’ai pris la voiture. J’avais le double des clefs de la voiture de Laura. J’avais oublié de les lui rendre après notre dispute. Je me suis donc rendue à Hyères et j’ai déposé le couteau dans sa boîte à gants. Lorsque les gendarmes m’ont interrogée pour savoir qui aurait eu intérêt à le tuer, j’ai désigné Laura sans l’ombre d’une hésitation.
-Tu croyais vraiment qu’elle aurait pu faire ça?
-Oui. Sincèrement, dans l’état d’esprit dans lequel j’étais, je le croyais dur comme fer.
-J’aurais sans doute eu la même démarche si j’avais été à ta place. Je suis navrée que tu aies tant souffert pendant tout ce temps. Si j’avais été plus lucide, aucune de vous deux n’aurait eu à endurer tout cela … Si je n’y vais pas immédiatement, je risque de ne plus avoir le courage de le faire…» Marie fût extrêmement touchée par cet aveu de faiblesse et prit Marthe dans ses bras. Elle la relâcha à contre cœur et , sans un mot, ouvrit la portière. Les deux femmes se dirigèrent d’un pas assuré vers l’entrée de la gendarmerie, persuadées de prendre enfin la bonne décision. Au guichet, ce fut Marie qui demanda à parler au gendarme Seauler. Le gendarme adopta une attitude réservée, ne sachant quel était le but de la venue des deux femmes. Sans préambule, Marthe prit la parole et annonça d’une voix claire qui la surprit:
«- J'ai tué mon mari.» Le gendarme Seauler la jaugea silencieusement pendant quelques secondes, essayant de s’assurer qu’il ne s’agissait pas d’une plaisanterie de mauvais goût.
«- Et pourquoi avez-vous fait cela?
-Mon mari et moi avions commencé un grand nettoyage de la maison. Il a du s’absenter. Avant son départ, je lui ai proposé d’entreprendre de trier ce qu’il y avait dans le garage. Il m’a dit d’attendre son retour, parce que nous serions plus efficaces à deux. J’ai vu à sa démarche qu’il était épuisé alors j’ai décidé de commencer sans lui pour qu’il ne se fatigue pas davantage. C’est là que je les ai découvertes…
-Quoi, madame Masset? Marthe soupira et retourna son sac à main sur le bureau. Une myriade de photos s’y répandit, pêle-mêle. Marie détourna le regard avec une moue de dégoût. Le gendarme en prit quelques unes, y jeta un rapide coup d’œil et les rejeta parmi les autres. Il soupira lourdement puis porta son regard sur Marie. Et vous?
-J’étais intimement persuadée que Laura était coupable du meurtre de mon père, alors j’ai déposé le couteau dans sa voiture pour être sûre que vous l’emprisonniez. Le gendarme Seauler leva les yeux au ciel.
-Je ne suis plus en charge du dossier Garnier. J’en ai été dessaisi par ma hiérarchie. Je vais vous demander de patienter ici pendant que j’en réfère aux personnes compétentes. Avez-vous pensé à contacter un avocat pour vous assister?
-Non. Lui répondit Marthe. Le plus urgent pour nous était de venir ici vous avouer tout cela avant d’en être incapables.
-Je comprends. Pendant mon absence, je vais vous laisser un annuaire et un téléphone. Faites au mieux. Si par hasard vous veniez à être auditionnées avant l’arrivée d’un avocat, sachez que vous avez le droit de garder le silence.
-Mon intention en venant ici était de dévoiler enfin la vérité pour que nous en finissions avec ce cauchemar. Avec ou sans avocat, je dirai ce que j’ai à dire.
-Madame Masset, je respecte votre décision et votre courage, mais ne vous faites aucune illusion: il s’agit d’une affaire complexe et je crains qu’il ne faille un certain temps avant d’en venir à bout.
-Je sais. Mais il faut en finir. D’une façon ou d’une autre…
-Avez-vous conscience que vous venez d’avouer un meurtre et votre fille une entrave à la justice?
-Oui.» Répondirent-elles de concert. Le gendarme ramassa les photos et les regroupa silencieusement. Se penchant pour attraper celles qui gisaient au sol, il vit que les deux femmes se tenaient la main.

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