Marie-Anne arriva chez les Dugas...

Publié le par Sandrine

Marie-Anne arriva chez les Dugas juste après leur dîner et se sentit confuse de les déranger alors que les reliefs du repas trônaient encore sur la table. La jeune femme remarqua immédiatement le regard clair et lucide de Rachel et elle lui sourit, ne sachant comment s'adresser à elle sans risquer de réactiver une blessure encore à vif. Ce fut Rachel qui prit finalement les devants.
"Avant que vous ne nous exposiez le but de votre visite, avez-vous mangé, Marie-Anne?"
La jeune femme lui adressa un sourire contrit.
"J'avoue que je n'y ai même pas pensé.
- On ne peut pas réfléchir sereinement le ventre vide. Asseyez-vous et tâchez de vous détendre un peu.
- Je suis ravie de voir que vous avez retrouvé le sourire, Rachel.", lui dit-elle timidement.
Madame Dugas lui serra la main affectueusement et s'occupa du service.
"Je suis désolée de devoir encore une fois faire appel à vous, mais j'ai cruellement besoin de vos lumières.
- Je m'étais engagé à vous fournir toute l'aide nécessaire, lui rappela Olivier. Que voulez-vous savoir?
- Depuis quand Lydie est-elle Témoin?
- Depuis le divorce de ses parents, lorsque sa mère s'est convertie. Elle devait avoir une dizaine d'années.
- Avez-vous jamais vu ou su qu'elle fumait?
- Non. Ca lui aurait été pratiquement impossible... sa mère était très rigoureuse et les Témoins exercent un contrôle permanent les uns sur les autres...
- Nous aurions forcément eu vent d'un tel écart de conduite: il aurait suffi à lui seul pour faire les gorges chaudes des plus puritains pendant des semaines", renchérit Rachel.
La jeune femme blêmit brusquement.
"Ca ne va pas? s'inquiéta Rachel en posant une main maternelle sur son épaule.
- Si. Elle m'a menti, répondit-elle entre ses dents serrées.
- Ne vous emballez pas, Marie-Anne, l'avertit Olivier. Prêcher le faux pour savoir le vrai est une stratégie courante pour pointer du doigt la faute de l'un des membres.
- Vous avez raison. Je n'ai plus les idées très claires, ce soir."
Elle lui adressa un pauvre sourire et commença à picorer dans son assiette, plus pour ne pas faire offense à leur hospitalité que par faim et fut agréablement surprise par les talents culinaires de Rachel.
"Que représente le chiffre sept?
- C'est assez complexe... disons qu'il pourrait s'agir de la clef permettant de déceler la volonté divine: il y a sept jours, sept planètes, sept péchés capitaux, sept cavaliers de l'Apocalypse, les sept vaches maigres, le jugement de Dieu sera rendu au bout de sept semaines d'années... et nous pourrions continuer longtemps...
- Si je devais dégager deux idées principales des cas où il est employé et que j'évoque les mots perfection et punition, est-ce que je me trompe?"
Olivier hocha gravement la tête.
"Vous avez tout compris. On pourrait résumer ça par punition parfaite, châtiment divin.
- Quel est le nom de famille de Lydie?
- Lenglen.
- Il a puni ma fille? demanda soudain Rachel d'une voix suraiguë, debout à côté d'Olivier.
- Pas votre fille, Rachel. Une petite fille qui n'a rien à se reprocher. Disons plutôt qu'il châtie l'ensemble des Témoins de Jéhovah.
- Oh, mon Dieu! Tout cela est ma faute...
- Certainement pas!", protesta la jeune femme en se levant brusquement et en la saisissant par les épaules pour qu'elle lui fasse face.
Rachel tenta de se libérer et garda obstinément les yeux rivés au sol.
"Sophie était bien la fille de Rachel, mais je ne suis pas son père. Sophie était le fruit d'un moment d'égarement entre Edouard et Rachel.
- Quels bruits circulaient à propos de monsieur Schmit?"
Rachel alla s'asseoir dans le canapé de cuir saumon d'où elle lui répondit.
"Léon avait un diplôme de comptabilité, aussi lui a-t-on naturellement demandé de nous aider à gérer le budget de la congrégation. Il est apparu au bout de quelques temps qu'il lui arrivait d'emprunter des liquidités. Il a été vigoureusement tancé par le conseil des anciens et après une période probatoire durant laquelle il a fait amende honorable, il a retrouvé toute la considération dont il jouissait auparavant.
- Merci de votre aide. Je vais devoir vous laisser. J'ai encore beaucoup de travail.
- Faites bien attention à vous, Marie-Anne. Tâchez d'avoir des yeux dans le dos.", lui recommanda Olivier.

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Publié dans La Clef de sept

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