Marie-Anne, attablée à une terrasse de café...

Publié le par Sandrine

Marie-Anne, attablée à une terrasse de café, sirotait tranquillement un jus de fruit. Un couple de personnes âgées s'assit à la table voisine. Un souffle de vent dispersa les notes qu'elle tentait de classer. Agacée, elle referma son classeur. Les yeux dans le vague, elle écoutait distraitement le bavardage de ses voisins.
" Mais enfin, Gérard, tu ne te rends pas compte? C'était une petite fille...
- C'est regrettable, mais tu ne sais rien de ce qui s'est passé, alors cesse de faire un drame des histoires qui ne te concernent pas!
- Je ne sais peut-être pas ce qui s'est passé, mais je sais ce que j'ai vu! Le corps de cette enfant... c'était une vision de cauchemar!"
A cette phrase, tous les sens de Marie-Anne se mirent en éveil. Elle tendit l'oreille et s'apprêta à prendre des notes tout en veillant à ne pas paraître s'intéresser à leur conversation.
" Odile, il y a des fous partout et les gendarmes s'en occupent. Ne peux-tu vraiment t'intéresser à autre chose?
- Je suis désolée, Gérard, mais voir le corps en décomposition d'une petite fille, assassinée sauvagement, abandonnée au milieu de nulle part, ça me révulse!"
Ils se perdirent ensuite en banalités, et se répandirent en vagues considération sur la décadence de la société française qui lassèrent rapidement la jeune femme. Le sourire aux lèvres, elle se leva.
Nathan fit rouler les glaçons dans son verre. Il se sentait extrêmement las. Il se leva avec un soupir et contempla les lumières de la ville par la fenêtre ouverte.
" Où es-tu? Dans quel coin vas-tu frapper?", s'interrogea-t-il en serrant les poings.
Une brise légère s'engouffra dans les rideaux de voile blanc qui l'effleurèrent. Un homme, une femme... à quoi jouent-ils, nom de Dieu! Un jeu... oui, c'est bien possible... quels liens les unissent? Sont-ils du même sang? Amants? Nathan repoussa le rideau et retourna s'affaler lourdement dans le canapé. Depuis quatre ans que sa femme l'avait quitté, Nathan se cantonnait à une confortable solitude. Toujours amer envers les femmes, il se contentait de relations passagères et se satisfaisait de son sort. Mais ce soir... il aurait aimé tromper ses angoisses auprès de quelqu'un. Pour la première fois, il enviait Jacques: sa petite vie bien réglée, ses petits soucis quotidiens. Il alluma la télévision, bien obligé de se contenter de cette présence artificielle pour la soirée.
"Allô? Claire?
- Oui. Que t'arrive-t-il, Marie-Anne?
- Je voulais savoir si tu faisais toujours le ménage à l'hôpital...
- Oh, Marie-Anne... gémit-elle. Tu vas finir par me faire perdre ma place avec tes histoires.
- Je t'en trouverai une autre! répliqua-t-elle avec bonne humeur, sachant qu'elle lui devait déjà celle-ci.
- Que veux-tu exactement?
- Un dossier sur une petite fille assassinée ces derniers jours.
- Je ne te promets rien. Le légiste a pour habitude de travailler à des heures impossibles.
- Tu es plus maligne que lui, je te fais confiance."

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Publié dans La Clef de sept

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