Marie-Anne referma la porte ...

Publié le par Sandrine

Marie-Anne referma la porte avec un soupir de soulagement. Elle n'avait jamais entendu autant d'inepties doctement enseignées. Elle se préparait à avaler un comprimé d'aspirine, pour calmer la révolte de son cerveau qui cognait violemment à sa boîte crânienne pour la punir d'une si injuste torture, quand on sonna à sa porte.
"Oh, non, pitié! Pas encore eux...", gémit-elle silencieusement. Elle ouvrit, résignée. Stupéfaite, elle eut une moue d'incrédulité en découvrant les gendarmes. Elle porta la main à sa tête.
"Entrez. Je vous laisse vous installer. Maintenant, j'ai vraiment besoin d'une aspirine."
Interloqués, par cet accueil incongru, les deux hommes prirent place dans le salon. Jacques tenait à la main une revue de La Tour de Garde généreusement dispensée par les Témoins de Jéhovah quand Marie-Anne, s'appuyant négligemment au chambranle de la porte, un verre à la main, lança:
" Je suppose que c'est de ça que vous venez me parler?
- En effet, répondit Jacques en rejetant avec dégoût la revue sur la petite table de verre.
- Vous êtes-vous brusquement convertie, madame Lesage? demanda perfidement Nathan.
- Mademoiselle! le corrigea-t-elle, plus pour le plaisir de le contrarier que parce qu'elle tenait à son titre.
- Donc, vous avez trouvé subitement la foi, mademoiselle Lesage?
- Non, je crains que les chemins de la vraie religion ne soient un peu trop tortueux pour moi.
- Donc?
- Que voulez-vous savoir exactement?
- Ce que vous pouvez bien faire parmi eux! rétorqua Nathan, exaspéré par l'attitude de la jeune femme. Elle jouait en effet avec eux, sachant que le secret qu'elle partageait avec Olivier était sur le point d'être éventé, s'il ne l'était déjà.
- Mon métier.
- C'est-à-dire? gronda Nathan.
- Je suis journaliste, mon métier est précisément de me trouver là où il se passe quelque chose... et ces temps-ci, ce sont eux qui font l'actualité.
- Obstruction à la justice, ça vous dit quelque chose? répliqua-t-il.
- Pas plus que liberté de la presse pour vous, répondit-elle, provocante.
- Et vols de documents liés au secret de l'instruction?
- Je ne vois pas de quoi vous voulez parlez.
- Vraiment?
- Vraiment.
- On ne peut être trahi que par ses amis. La femme de ménage de l'hôpital va être affreusement déçue de l'apprendre à ses dépens...
- Que voulez-vous?
- Des renseignements, puisque vous êtes dans la place.
- Lisez le journal!
- Je préférerais avoir la primeur de vos investigations.
- Entendu, capitula-t-elle, souriante. Désarçonné, Nathan la dévisagea comme une bête de foire.
- Entendu? répéta-t-il.
- Entendu. Enfin, pas pour tout le monde, à ce que je vois... auriez-vous un problème d'audition?" Nathan la fusilla du regard.
"Qu'avez-vous déjà appris?
- Rien de palpitant. Ils sont tous plus cinglés les uns que les autres et ils meurent de peur, quoi qu'ils en disent.
- C'est tout? demanda Jacques, dubitatif.
- Oui. Je ne suis admise parmi eux que depuis hier et pour l'instant, je n'en ai pas croisé un qui semble avoir du sang sur les mains.
- Etes-vous bien sûre de jouer franc jeu avec nous? insista Nathan, soupçonneux.
- Je crains que vous n'ayez pas d'autre choix que de me croire sur parole. Ce sera votre punition pour l'odieux chantage dont je suis victime... d'ailleurs, je ne veux plus vous voir.
- Pardon? Dois-je vous rappeler que vous n'êtes pas en position d'exiger quoi que ce soit? la rabroua vivement Jacques.
- Je ne veux plus vous voir parce que mes nouveaux amis n'apprécient pas mes fréquentations et il se trouve que leur approbation à mon égard nous est absolument nécessaire pour mener à bien nos objectifs, si je ne m'abuse... je crois qu'il serait préférable que je vous téléphone dès qu'il y aura du nouveau.
- Non. Tous les soirs. J'ai peur que vous ne nous manquiez.
- J'en doute. Enfin, s'il n'y a que ça pour vous être agréable... disons tous les soirs.
- Je vous laisse mon numéro de portable. Vous n'aurez pas l'excuse de ne pas avoir pu nous joindre.
- Allons, allons ... une parole est une parole. Pour qui me prenez-vous?
- Hum. Nous allons vous laisser. Au fait, je vois que votre mal de tête a disparu.
- Rien ne vous échappe, Sherlock!"

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Publié dans La Clef de sept

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