Marie, j’ai beaucoup réfléchi...

Publié le par Sandrine

«Marie, j’ai beaucoup réfléchi. Je comprends ta peur mais je n’arrive pas à m’expliquer ta lâcheté ni à lui trouver une quelconque excuse.
J’appréciais les trésors de douceur que tu déployais envers moi. Savoir aujourd’hui que ton comportement irréprochable à mon égard était inspiré par la peur la plus vile et une culpabilité justifiée m’écœure jusqu’à la nausée. Je ne te remercierai jamais assez, toutefois, d’avoir accepté avec bonne grâce ma présence dans ta famille lorsque mes parents sont morts et que les tiens ont respecté la promesse qu’ils s’étaient faite des années auparavant de s’occuper des enfants les uns des autres si par malheur la mort venait à frapper. J’en ai payé le prix. Je te conseille de prendre les mesures qui s’imposent afin que tu puisses vivre en paix avec ta conscience. C’est là mon dernier conseil d’amie. Je ne souhaite désormais plus n’avoir aucun contact avec toi.»
Les mains tremblantes, Marie emporta la lettre dans la cuisine et la brûla dans l’évier. Elle regardait les flammes lécher le papier, le contemplait en train de noircir et se racornir. Quand il eut fini de se consumer, elle ouvrit le robinet d’eau froide pour évacuer les cendres qui souillaient le bac blanc. Elle s’appuya des deux mains sur le rebord de l’évier, le souffle court, en proie à des sentiments contradictoires. Elle parvint à se ressaisir après de longues minutes de lutte intérieure. Elle se rendit au salon. Le répondeur clignotait. Le docteur Chazel l’avait appelée et lui demandait de prendre rendez-vous avec lui au sujet de Laura. Elle hésita, puis composa son numéro avec assurance. Elle se vit fixer un rendez-vous par la secrétaire pour le surlendemain.
Au dîner, Marie, la gorge nouée, put à peine avaler quelques bouchées. Elle regretta soudain de s’être débarrassée de la lettre de Laura. Il lui semblait que cette missive n’avait existé que dans un cauchemar issu des méandres les plus sombres de son imagination. En cet instant, elle eût aimé avoir une preuve matérielle pour se persuader de la réalité de son existence. Pourtant elle savait que le sentiment d'urgence qui l'avait poussée à la détruire lui avait inspiré par ce geste la meilleure décision qu'elle pût prendre en ces circonstances.

Commenter cet article