Marie jeta rapidement un coup d’œil ...

Publié le par Sandrine

Marie jeta rapidement un coup d’œil à la fenêtre avant de tirer les rideaux : une horde de reporters de télévision était massée sur le trottoir. Des groupes de voisins et de vagues connaissances se tenaient derrière eux. Marie s’approcha de Laura, s’assit à côté d’elle, et lui prit les mains.
«Laura.» Dit-elle doucement. Elle vit Laura marquer un mouvement de recul et sentit ses mains se crisper dans les siennes. Elle a peur de moi, pensa Marie avec un profond sentiment de tristesse.Laura ne parut pas reconnaître l’appartement. Elle ne dit pas un mot. Au dîner, elle demeura murée dans son silence, les yeux rivés sur son assiette. Une fois son repas terminé, elle resta immobile, le regard hagard, ses mains enserrant les couverts si fort que les jointures de ses doigts blanchirent. Marie tenta de lui parler avec douceur, de la tirer de sa torpeur douloureuse, de la rassurer, mais ses efforts se soldèrent par un cuisant échec. Elle la prit finalement par la main pour la guider vers le fauteuil du salon qu’elle aimait tant. Laura se laissa manipuler comme une poupée de chiffon, totalement amorphe. Elle semble brisée de l’intérieur, se dit Marie. Laura, ton corps est bien avec moi, mais où donc est passée ton âme ? Poursuivit-elle, les yeux embués de larmes. Elle fit mine de s’intéresser à une émission de télévision qu’elle eut bien été en peine de raconter si on le lui avait demandé tant ses pensées étaient chaotiques. Vers vingt deux heurs, lorsque Marie lui proposa d’aller prendre une douche avant d’aller se coucher, Laura sembla prise d’une sorte de panique. Elle se recroquevilla dans son fauteuil comme si elle souhaitait s’y en forcer pour disparaître. Marie détourna son regard quelques instants. Ce qu’elle venait de voir dans le regard de Laura autant que dans son attitude lui inspira un violent refus d’affronter la réalité de ce que Laura avait pu vivre. Malgré tout, la vérité s’imposait à elle. Elle avait peur d’aller se coucher. Et, hélas, il n’y avait qu’une raison possible à cela. Marie laissa la télévision en marche. Peu après, vaincue par la fatigue, Laura s’endormit, pelotonnée dans le fauteuil. Marie se rendit dans sa chambre, s’empara d’un oreiller qu’elle glissa sous sa nuque et d’une couverture dont elle la recouvrit tendrement avant de la couvrir d’un dernier regard et de quitter furtivement la pièce.

Commenter cet article