Marie se changea rapidement au vestiaire...

Publié le par Sandrine

Marie se changea rapidement au vestiaire de l’hôpital avant de se rendre à son rendez-vous avec le docteur Chazel. Elle jeta un bref coup d’œil à sa montre au bracelet de cuir bleu marine. Elle serait à l’heure.
Elle entra dans le cabinet avec une ponctualité remarquable, mais le médecin sortait à la hâte de son bureau. Avec de brèves excuses, il se justifia vaguement en invoquant une urgence et lui demanda de bien vouloir l’attendre. Elle n’eut pas le temps de lui répondre qu’il avait déjà disparu. La secrétaire était absente et un silence pesant envahit la pièce. Après avoir parcouru distraitement un quelconque magazine, Marie le reposa avec lassitude sur la petite table de verre. Elle resta immobile, perdue dans les profondeurs de ses pensées. Il s’était écoulé bien plus d’une heure lorsque le docteur Chazel revint. «- Vraiment navré.» S’excusa-t-il avec une simplicité désarmante tout en la conduisant dans son bureau. Marie lui adressa un sourire timide et las, s’efforçant sans grande réussite d’ignorer la fatigue de cette longue journée. Le docteur lui indiqua un fauteuil face à son bureau. Elle s’assit souplement, désagréablement consciente qu’il l’étudiait minutieusement et attendit qu’il aborde le sujet qui le préoccupait.
«- Marie, je tenais absolument à vous voir parce que je me heurte au silence inébranlable de Laura. Peut-être que vous qui évoluez dans son intimité pourriez m’éclairer sur certains points?
-Si je suis en mesure de le faire, c’est avec plaisir. Lui répondit-elle avec une certaine désinvolture, lui sembla-t-il.
-Bien. J’ai lu le dossier de Laura. Comment se fait-il qu’elle n’ait pas consulté de psychologue à son retour?
-Lorsque j’ai évoqué le sujet avec elle, elle s’y est opposée farouchement. Ce n’est que devant l’aggravation flagrante de son état que j’ai réussi à obtenir gain de cause. Même elle ne pouvait plus nier l’évidence de ses troubles. Même si je suis parfaitement consciente qu’elle a cédé plus pour me tranquilliser et avoir la paix qu’autre chose.
-Je vois. Laura et vous êtes très proches, n’est-ce pas?
-Oui. Nous avons été élevées ensemble depuis ses douze ans. Mes parents et les siens étaient amis bien avant nos naissances. Quand les parents de Laura sont décédés, mes parents l’ont recueillie conformément à la promesse qu’ils s’étaient faite.
-Vous êtes-vous toujours bien entendues?
-Bien sûr. Laura et moi étions déjà amies à cette époque et cela a facilité nos relations.
-Et quelles étaient ses relations avec vos parents?
-Bonnes. Laura était une enfant facile à aimer.
-Avez-vous noté un changement quelconque dans le comportement de Laura durant la semaine?
-Non. Je l’ai sentie un peu tendue lors de la conversation que nous avons eue hier soir, mais rien d’alarmant.
-Laura refuse de se confier à moi, comme si elle avait peur que je découvre quelque chose à son sujet… Marie sentit sa bouche se dessécher, mais ne laissa rien paraître de son émotion.
-Laura n’a pourtant rien à cacher ni à se reprocher.
-Je crois que nous allons nous arrêter là pour cette fois. Vous semblez épuisée. A moins d’un changement radical de se part, ce dont je doute, j’ai le sentiment que j’obtiendrai plus d’informations de votre part que de la sienne. Observez-la de près. Si cela ne vous ennuie pas, je crois que nous allons être amenés à nous revoir.
-Si je peux aider Laura à s’en sortir, je n’y vois aucun inconvénient. Marie marqua un temps d’arrêt puis demanda:
-Docteur, Laura n’ira jamais véritablement bien jusqu’au jour où elle retrouvera les souvenirs de ce qu’elle a vécu, n’est-ce pas? Le médecin sentit une intonation étrange filtrer dans la voix de Marie. De l’angoisse certainement, de la culpabilité peut-être?
-Oui. Je crains que Laura n’ait aucune envie de faire face à ses souvenirs douloureux pour l’instant.» Il raccompagna Marie jusqu’à la porte du cabinet et prit congés d’elle avec courtoisie. Il est très perspicace pensa Marie en s’éloignant. Elle tenta d’analyser ses sentiments sans grand succès. Il valait mieux qu’elle attende de retrouver un semblant de sérénité avant d’essayer d’y voir plus clair. Elle était extrêmement inquiète au sujet de Laura maintenant qu’elle savait que Laura allait devoir affronter seule le poids de ses souvenirs. Elle en concevait une certaine culpabilité, teintée cependant du soulagement de savoir qu’elle avait agi de manière à éviter d’être entraînée dans la tourmente avec elle.

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