Nathan jeta un oeil à Jacques...

Publié le par Sandrine

Nathan jeta un oeil à Jacques avant d'ouvrir la portière du véhicule. Il vit la tension qui se peignait progressivement sur les traits de son collègue. Il savait, pour en avoir fait à plusieurs reprises la douloureuse expérience, ce qu'il y avait de gênant à devoir jeter de braves gens dans le désarroi d'un deuil. Il allait ouvrir la bouche pour lui proposer finalement de se charger de cette délicate annonce mais Jacques prit la parole avant lui.
" Tu crois vraiment à cette hypothèse de crime rituel?
- D'après la mise en scène, les fibres de bure et le choix du chiffre sept qui est empreint de mysticisme... je crois effectivement qu'une secte quelconque pourrait ne pas être loin.
- A ta place, je ne serais pas aussi affirmatif. S'il s'était agi d'une secte, il se serait donné la mort de sa propre initiative. Il est rarissime qu'un gourou prenne le risque de se salir les mains.
- A quoi penses-tu alors?
- Ca ne va pas te plaire... qui aurait intérêt à déployer de tels trésors d'ingéniosité pour choisir une date, l'âge de la victime, la façon de l'éliminer et la mise en scène de la dépouille si ce n'est un tueur en série avide de publicité?
- Ton raisonnement serait parfait s'il n'avait pas choisi un lieu si isolé pour y déposer sa victime.
- Pas si isolé que ça, Nathan. Il est de notoriété publique que la chasse ouvrait hier et le corps se trouvait à une vingtaine de mètres, à peine, d'un sentier. Les chiens avaient toutes les chances de le trouver.
- Soit. Mais ce qui m'étonne dans ce cas, c'est qu'aucun animal n'a dérangé la minutieuse ordonnance du corps. Tu sais comme moi que les sangliers ne sont pas du genre à négliger une charogne, surtout avec cette sécheresse qui les affame.
- Il faudra demander confirmation au légiste, mais selon toute probabilité, il n'a pas dû être déposé à cet endroit depuis longtemps. Quoi qu'il en soit, que dois-je dire à madame Lorgues sur les circonstances du décès de son père? interrogea-t-il Nathan en se grattant la tempe.
- Je suis partisan de dire la vérité. Vouloir l'épargner serait une erreur. Imagine une seconde ce qu'elle ressentira quand nous devrons tout lui expliquer à la fin de l'enquête. Si tu veux, je m'en charge."
Jacques, piqué au vif, réagit aussitôt.
" Pour qui me prends-tu? Je n'ai pas besoin d'être materné!
- Ne te vexe pas. Tu sais très bien que ce n'est pas ce que je voulais dire.
- Je sais, je sais... je crois que cette histoire me tape sur les nerfs, en fin de compte."
Ils longèrent le trottoir encombré de passants et de pigeons indifférents pour s'arrêter quelques mètres plus loin devant un imposant immeuble dont la lourde porte de chêne était verrouillée par un interphone. Jacques chercha le nom de Lorgues sur le cadran et appuya brièvement sur le bouton argenté. Un silence de quelques secondes lui répondit, puis un crépitement et une voix féminine d'une clarté surprenante.
" Madame Lorgues, bonjour. Gendarmerie nationale. Nous aimerions nous entretenir avec vous quelques minutes.
-Entrez. Deuxième étage, première porte à droite."
Jacques lança un bref regard à Nathan pour savoir s'il avait perçu comme lui le durcissement de la voix féminine quand il avait évoqué la gendarmerie. Nathan hocha la tête. Un grésillement leur apprit que la porte était ouverte. Jacques la poussa et ils pénétrèrent dans un immense hall au sol de marbre gris. Ils s'engagèrent dans l'escalier aux dimensions impériales et à la rambarde de fer forgé branlante. Arrivés au deuxième étage, ils remarquèrent une porte entrebâillée dans l'embrasure de laquelle une silhouette féminine longiligne se dessinait. Jacques s'avança le premier.
"Bonjour madame.
- Messieurs.", les salua-t-elle en s'effaçant pour les laisser entrer dans l'immense salon richement meublé. Nathan nota la pâleur maladive et les joues creuses de la femme. Il ressentit un pincement au coeur en pensant à la nouvelle désastreuse dont ils étaient porteurs.
"Asseyez-vous, je vous en prie, les invita-t-elle avec amabilité.
- Madame, je ne sais comment vous l'annoncer avec délicatesse..."
Percevant son malaise, elle lui sourit pour l'inciter à poursuivre.
- Nous avons découvert le corps sans vie de votre père dans la vallée de Sauvebonne. Le sourire qu'elle affichait demeura mais une lueur de nostalgie passa dans ses yeux noirs alors qu'elle rejetait ses longs cheveux bruns en arrière.
- Mon père et moi ne nous parlions plus depuis le décès de ma mère, il y a douze ans... comment est-il mort? demanda-t-elle après avoir pris une grande inspiration.
- A vrai dire, nous ne savons pas encore exactement ce qui s'est passé. Sa mort est... mystérieuse."

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Publié dans La Clef de sept

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