Nathan remarqua que les épaules...

Publié le par Sandrine

Nathan remarqua que les épaules du scientifique s'affaissaient tandis qu'il s'éloignait. Ils n'échangèrent pas un mot durant l'absence de leur collègue, chacun demeurant plongé dans ses propres pensées. Un sourire contrit aux lèvres, leur collègue revint au bout de quelques minutes, nanti de trois cafés fumants, de quelques viennoiseries et d'un journal.
Il déposa le tout devant les deux hommes ravis de son hospitalité. Jacques dédaigna le journal et s'empara avec gourmandise d'un pain au chocolat alors que Nathan l'attrapait immédiatement pour y jeter un oeil distrait.
"La petite punaise!", glapit-il au bout de quelques lignes, faisant sursauter leur hôte.
"Qu'a-t-elle encore fait pour te contrarier? demanda Jacques avec un fatalisme amusé.
- Ecoute un peu ça... Il semblerait que les forces de l'ordre soient totalement désemparées et que du fond de leur désespoir, elles orientent leur enquête en fonction des informations divulguées dans nos colonnes."
Jacques faillit s'étouffer en tentant de réprimer un éclat de rire tout en avalant une gorgée de café brûlant.
"Je crois qu'elle n'a pas apprécié le ton de votre conversation d'hier soir...
- Parce que vous étalez vos disputes conjugales dans les journaux, vous! s'exclama leur collègue, éberlué.
- Nous ne sommes rien l'un pour l'autre et j'espère qu'il en sera ainsi pendant longtemps! protesta Nathan avec plus de véhémence qu'il ne l'aurait voulu.
- Parle, beau merle! répliqua Jacques, profitant lâchement de sa faiblesse passagère. Le scientifique décida de trouver le salut dans la fuite et ressentit un intérêt subit pour
son gobelet de plastique blanc cannelé qu'il examina avec attention. A défaut d'une meilleur idée, leur collègue expédia sa dernière goutte de café pour revenir sur un terrain plus connu.
- Donc, je reprends... nous avons donc comme je l'ai déjà dit, décelé dans le hangar des traces, ce qui tendrait à prouver qu'elles ont bien été exécutées là-bas. Pour ce qui est de la filiation entre Sophie Dugas et monsieur Bastiani, elle est clairement établie par les résultats du test ADN. Ce brave homme ne vous a pas menti: il n'est pas l'auteur des meurtres que vous lui imputez. J'en veux pour preuve supplémentaire le malaise cardiaque dont il a été victime: la fragilité de son muscle cardiaque l'aurait foudroyé au moment de fournir l'effort nécessaire pour tirer monsieur Petit _ il pesait quand même quatre-vingt-trois kilos_ et je ne m'étendrais pas sur les difficultés qu'il y a à transporter un poids mort.
- Il faudrait savoir! Les victimes ont-elles été exécutées à leurs domiciles respectifs ou dans le hangar de monsieur Bastiani? l'interpella Nathan avec humeur.
- Chez monsieur Bastiani. J'ai parlé d'un poids mort, pas d'un mort, nuança-t-il. Nous n'avons retrouvé aucune trace de sang au domicile des victimes.
- Elles auraient été anesthésiées par le tueur?
- Pas chimiquement, en tout cas. L'analyse toxicologique est négative sur tous.
- Donc, ils ont été assommés, conclut Jacques sur le ton de l'évidence.
- Je ne peux le garantir. Pas plus que le légiste, d'ailleurs. Nous avons retrouvé des ecchymoses que sur deux victimes. Cependant, c'est l'option la plus plausible. Je vous ai fait la primeur de mes conclusions mais je vais devoir les transmettre au plus tôt au procureur.
- Faites, mon ami. Je ne vois pas en quoi cela peut nous affecter...
- Vous seriez bien les premiers à ne pas craindre un retour à la case départ avec de nouvelles victimes à la clef et le tout sans indice ni suspect avec la presse sur vos talons.
- Je crains que nous n'ayons pas d'autre choix que de nous résigner à notre triste sort.
- Ah, au fait! J'ai oublié de vous dire... madame Nogens et monsieur Petit étaient amants.
- Expliquez-nous ça, dit Jacques en reprenant possession du tabouret qu'il venait d'abandonner.
- Le médecin s'est aperçu à l'autopsie que madame Nogens avait eu un rapport sexuel et a prélevé du sperme pour le comparer à celui des autres victimes masculines... l'essai a été payant. Ils se sont offert un peu de bon temps quarante-huit heures avant leur décès.
- Pourquoi quarante-huit heures?
- Parce que les spermatozoïdes de ce monsieur étaient encore vivants alors que leur durée de vie maximale est précisément de deux jours. Et leur petite histoire devait durer depuis un moment... même en admettant que feue madame Nogens se soit lavée entre temps, ils attestent de la relation elle-même. Nous nous sommes donc intéressés au contenu des armoires de cette dame en nous focalisant plus particulièrement sur le linge de lit. Dieu merci, la meilleur lessive du monde n'élimine pas tout. Nous avons trouvé des poils pubiens et quelques cheveux entremêlés aux fibres textiles, ce qui indiquerait que leur relation intime avait un caractère ancien et répétitif."

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Publié dans La Clef de sept

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