Nathan suivit avec plaisir ...

Publié le par Sandrine

Nathan suivit avec plaisir la petite route qui serpentait entre les domaines viticoles et les exploitations maraîchères qui flirtaient avec la forêt aux chênes-lièges centenaires. Une grande pancarte blanche marquait l'entrée de la fondation de la Navarre.
Nathan s'engagea sur le petit chemin de gravier blanc luisant de soleil. Au bout d'une centaine de mètres, le petit chemin décrivait un T. La première bifurcation s'enfonçait dans les vignes vers l'immense bâtiment de l'école religieuse qui avait douloureusement remis au travail des générations de garçons récalcitrants: la seconde plongeait dans les chênes et les arbousiers : Nathan la choisit sans hésiter. Le chemin devenait piste et les nids-de-poule généraient des chaos qui secouaient les deux hommes tels des pantins désarticulés. En fin de piste, une clairière verdoyante formait un îlot inondé de lumière dans la pénombre due à la densité des arbres. Une clôture électrique la ceignait, délimitant artificiellement le territoire de chevaux qui s'ébattaient paisiblement dans l'herbe rase. A un jet de pierre de la piste, se trouvait un puits surmonté d'une marquise de tuiles ocres sous laquelle trônait un seau de cuivre garni d'un somptueux géranium rouge retombant. Juste à côté, un grand hangar de tôles jouxtait des stalles de bois. Garée devant le hangar, une Jeep chargée de bottes de paille stationnait. Nathan se rangea à côté d'elle.
" Monsieur Bastiani!", appela Jacques.
L'homme passa la tête par la porte du hangar et leur fit signe de le rejoindre.
"Bonjour messieurs, que vous arrive-t-il? se renseigna-t-il, l'air bonhomme.
- Nous avons retrouvé monsieur Petit et madame Nogens...", commença Nathan, sévère.
Le visage d'Edouard se teinta d'une infinie tristesse.
"Vous n'avez pas l'air heureux de les avoir retrouvés... il leur est arrivé malheur, n'est-ce pas?" Nathan hocha la tête avec gravité.
"Ils sont morts. Reconnaissez-vous ceci?", lui demanda-t-il en lui brandissant la pochette transparente sous le nez.
Eberlué, les yeux agrandis par la surprise, Edouard le regarda sans comprendre.
"Reconnaissez-vous cette pince, monsieur Bastiani?", répéta plus durement Nathan.
Incapable d'articuler une syllabe intelligiblement, Edouard blême, opina du chef.
"Asseyez-vous, vous allez vous évanouir.", lui recommanda Jacques en lui désignant de la main un tas de sacs d'avoine.
Edouard se laissa guider sans résistance et se laissa tomber plus qu'il ne s'assit sur les sacs.
" Je suis navré d'être aussi insistant, mais il me faut absolument une réponse", poursuivit Nathan, peu touché par l'émoi du vieil homme.
Edouard nia subitement de la tête, sans toutefois se décider à parler.
"Il va falloir vous expliquer, dites-nous ce qui s'est passé, reprit Jacques avec plus de douceur en posant sa main aux longs doigts diaphanes sur l'épaule de l'infortuné.
- Je... c'est la pince qu'Olivier Dugas m'a offerte...
- Nous l'avons trouvée dans le poing fermé de feue madame Nogens, monsieur Bastiani. Avez-vous une explication à cela?
- Hélas, non. Je ne m'étais même pas aperçu de sa disparition...
- Vous rendez-vous compte qu'ainsi la défunte vous désigne comme son assassin?
- C'est Olivier qui vous a dit où me trouver, n'est-ce pas?
- Oui, mais je ne vois pas le rapport avec l'affaire qui nous occupe actuellement", le coupa Nathan. Edouard nia à nouveau douloureusement de la tête.
"Il ne m'a pas pardonné, contrairement à ce qu'il disait... il me le fait payer... et de quelle façon!
- De quoi parlez-vous, monsieur Bastiani? l'interrogea Jacques.
- Je ne sais comment le dire... oh, Seigneur, pourquoi m'infliger un telle punition? J'ai déjà payé avec la mort de Sophie...
- Soyez plus clair si vous voulez que nous puissions vous comprendre."
Edouard ferma les yeux.
" Il y a un peu plus de sept ans, je venais de perdre ma femme... Rachel et Olivier connaissaient de graves difficultés dans leur couple. Le malheur nous a rapprochés... bien plus qu'il n'était raisonnable. Je ne saurai jamais pourquoi une si charmante jeune femme a succombé à un vieux bonhomme comme moi... ça ne nous est arrivé qu'une fois, mais nous avions commis l'irréparable!"
Edouard se prit la tête dans les mains avant d'avouer dans un souffle:
"Sophie était ma fille!"
- Je comprends votre désarroi, mais vous devez nous suivre le temps de procéder à quelques vérifications.
- Vous ne me croyez pas. Et pourtant... réfléchissez une seconde! Le seul que j'aurais eu intérêt à tuer, c'était Olivier, surtout pas ma fille!
- Nous ne vous accusons de rien, mais nous devons faire notre devoir. Si vous êtes innocent, notre enquête vous lavera de tout soupçon.
- Je me demande seulement jusqu'à quel point cet homme est déterminé à me perdre.
- Nous le saurons bientôt, faites-nous confiance. Veuillez nous suivre, s'il vous plaît."
Quand Edouard se leva, il semblait recroquevillé sous un poids invisible et il vacillait comme un homme ivre. Jacques dut le soutenir jusqu'à la voiture pour qu'il ne s'effondre pas sur le parcours.

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Publié dans La Clef de sept

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