Parce que je veux prouver à ta mère que j’ai la poisse!

Publié le par Sandrine

Hélène, Jérémie et Jean se retrouvent dans leur salon, les yeux rivés sur la télévision. Une pizza posée sur la table leur tient lieu de repas.
Jérémie.
Papa, pourquoi on ne peut pas voir les dessins animés, ce soir?
Jean.
Parce que je veux prouver à ta mère que j’ai la poisse!
Hélène.
Avec un ticket de loto?
Jean.
Exactement! Tu verras que pas un seul des numéros que j’ai joué ne sortira!
Hélène.
Pari tenu!
Jean augmente le son et examine les numéros qu’il a joués tandis qu’Hélène égraine à voix haute les numéros gagnants.
Hélène.
Le huit.
Jean, rageant.
Je l’ai.
Hélène, souriante.
Le douze.
Jean.
Je l’ai aussi…
Hélène, ricanante.
Le quinze.
Jean, mine défaite.
Aussi…
Hélène, radieuse.
Le vingt cinq.
Jean, déconfit.
Celui-là encore…
Hélène, lumineuse.
Le trente deux.
Jean, écoeuré.
Encore bon…
Hélène, victorieuse.
Et le quarante cinq.
Jean, éberlué.
Je les ai tous!
Hélène, triomphante, le prenant dans ses bras et l’embrassant fougueusement.
Hourra! Soixante millions d’euros! Nous sommes riches!
Jean.
J’ai de la chance… Moi, je suis chanceux…
Ne sachant que faire pour garder contenance, Jean prend une part de pizza et mord furieusement dedans. Il pousse un cri de douleur et porte une main à sa bouche.
Hélène.
Quoi, encore?
Jean.
Je me suis cassé une dent! Tiens, regarde!
Jean tend la main au creux de laquelle il crache une molaire et un caillou.
Hélène, indignée.
Une pierre dans une pizza, c’est impossible! Jérémie, n’y touche plus!
Jean.
Je me disais aussi… Tu vois bien que je n’ai pas de chance!
Hélène.
Un millionnaire qui se casse une dent, vraiment, il n’y a pas de quoi casser trois pattes à un canard… Ca arrive tous les jours!
Jean.
Mais enfin, Hélène, admets qu’il ne m’arrive que des malheurs, quand même!
Hélène.
Je n’ai jamais dit que tout ce qui t’arrivait était parfait. J’ai simplement dit que c’était un mal pour un bien… Entre nous, qu’est-ce qu’une malheureuse dent cassée face à soixante millions d’euros?
Jean.
Mais c’est ma dent! J’y tiens, figure-toi! Et ma jambe, mon foie, et mon nez? Ca aussi, ça ne compte pas pour toi?
Hélène.
Ne fais pas l’enfant, tu veux. Ce sont les petits aléas de la vie, voilà tout!
Jean.
Toujours est-il que je vais suivre le conseil du médecin et porter un peu de sel sur moi.
Hélène.
Tu es superstitieux, maintenant?
Jean hausse les épaules et se rend à la cuisine.

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