Quand il entra dans le réfectoire...

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Quand il entra dans le réfectoire, Yannis déduisit à leurs mines défaites que la nuit n’avait pas été meilleure pour eux trois que pour lui.
Un pli profond barrait le front de Julien, pour une fois peu désireux d’engager la conversation. Sonia était d’une pâleur inquiétante et des cernes violacées en disaient long sur son état physique. Séréna était perdue dans ses pensées et tournait nerveusement sa cuillère dans sa tasse de café presque froid d’avoir attendu qu’elle se décide à l’avaler. Dans ce silence à couper au couteau, Yannis se sentait terriblement mal à l’aise et atteint lui aussi par l’abattement général. Il alla se servir un thé sans qu’aucun d’entre eux ne semble se rendre compte de sa présence. Il tira volontairement sa chaise en se rasseyant pour les tirer de leur torpeur mais pas un ne réagit à cette agression sonore.
«- Comptez-vous émerger de vos pensées et vous mettre au travail ou baisser définitivement les bras, auquel cas je préférerais rentrer chez moi pour jouir tranquillement du temps qu’il me reste. Piquée au vif, Sonia releva la tête.
-Il n’en est pas question!
-Alors que se passe-t-il?
-Les contrariétés s’accumulent et nous sommes un peu déprimés, c’est tout. Lui expliqua Julien.
-Dites plutôt que vous vous laissez miner par la culpabilité!
-Pas toi? Répliqua Séréna.
-Si. Je regrette profondément ce à quoi nous avons été réduits mais je serai encore plus touché si nous abandonnions et que cet acte n’ait servi à rien. Ce serait un meurtre ! Or, je refuse d’endosser le rôle d’un assassin. Si vous êtes fatigués, prenez une journée de repos et n’en parlons plus. Nous nous débrouillerons bien sans vous pendant vingt quatre heures. Ne vous en déplaise, nul n’est indispensable. Vous nous faites perdre du temps à traîner des pieds!
-Tu n’as pas tort, mais il n’y a pas que ça, Yannis. Lui répondit Sonia.
-Il va falloir autopsier Sarah pour tenter de savoir ce qu’elle a pu subir qui l’ai mise dans cet état.
-Plus de vingt ans de prison quand on n’a rien à se reprocher, c’est déjà une bonne raison en soi de devenir dingue, il me semble.
-Ce n’est pas faux mais je connaissais Sarah, c’est elle l’instigatrice de ce centre de recherches. Elle était déterminée mais elle n’était pas cruelle. Elle était solide, Yannis. Elle a résisté à d’es brimades incessantes pendant la majeure partie de sa vie. La privation des libertés les plus élémentaires n’était pas une découverte, elle savait y résister. Elle avait une volonté inflexible et une rage de vivre peu communes. Je ne peux pas croire que la simple détention l’ait brisée à ce point.
-Je comprends. Les découvertes de monsieur Lévy ne sont-elles pas de nature à vous remonter le moral?
-Hélas, non. Commença Séréna en abandonnant définitivement son café. Il nous faudrait des moyens colossaux pour mettre en œuvre les plans laissés par Lilith et notre discrétion ne serait plus qu’un souvenir. Ce serait déclencher une panique ingérable et si par hasard un gouvernements quelconque se décidait à nous aider, cela déclencherait immédiatement l’engrenage d’une course à l’armement mondiale de peur que cette technologie ne serve à régler des conflits bien terrestres, ceux-là. En outre, il ne faut pas perdre de vue que nous sommes sous surveillance. Si nous éveillons leur attention, la sanction ne se fera pas attendre. Yannis se tut et parut réfléchir intensément. Au bout de longues minutes muettes, il laissa tomber:
-L’histoire du bureau de grand-mère, c’était un très bon tour de prestidigitation ou une réalité, Sonia?
-Aussi fou que cela paraisse, c’est une réalité.
-Tu avais dit à Séréna que tu devais me transmettre des armes de cet ordre, si je ne m’abuse? Sonia rougit violemment puis blêmit brutalement et chercha la main de Julien et s’y arrima fermement, comme au bord du naufrage.
-Tu as raison. Confirma-t-elle dans un souffle.
-Pourquoi avoir laissé tomber cette piste?
-Parce que nous en savons encore trop peu sur ce genre de phénomène pour y voir une planche de salut fiable. Ils ont sans doute le même type de capacités que nous sur ce point. Ca nous donnerait les moyens de les agacer un peu, mais rien de plus. Leur technologie aurait vite raison de nous si nous nous avisions de recourir à ce type de fantaisie.
-Je crois que tu te trompes lourdement.
-Qu’est-ce qui peut bien te laisser penser une chose pareille? Lui demanda Séréna.
-Disons que c’est une intuition. Julien, m’accorderais-tu un peu de ton temps pour vérifier quelque chose ?
-Oui, bien sûr.
-J’aurai aussi besoin de toi, Sonia.
-Qu’attends-tu de nous, exactement?
-Je vous dirai ça au laboratoire de radiologie.»

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